mercredi 3 août 2016

Ultra Trail du Beaufortain 105km 6400D+

Année 2016 chargée, l’abandon à l’UTB 2015 à mi course m’a incité à augmenter les distances de mes courses préparatoires. C’est donc avec les Allobroges et le trail des Aravis dans les jambes  notamment que je me présente sur la ligne de départ. Seule une petite alerte à la cheville 15 jours avant la course m’interdit d‘être pleinement confiant et confirme la nécessité de partir très prudemment.
Dernier dodo dans le camping à deux pas du départ, 4 heures samedi matin, il fait doux, beaucoup moins chaud que l’an passé, parfait. J’entame la première partie à petit rythme, je me fais doubler de tous les côtés, ça bouchonne assez souvent, mais je m’en fous et dès que les premières lueurs du jour apparaissent je profite des paysages. Ca va tellement bien que quand ça monte j’ai l’impression que ça descend tant je suis facile, et pourtant ça monte souvent, quasiment jusqu’au premier ravitaillement après la Roche Pourrie :
Vu sur je sais pas quoi depuis les Arolles
Refuge des Arolles 18km, 1920mD+, 4h04, 345ème (en 2015 : 3h27)
Je m’attarde un peu sur ce ravitaillement, le temps de ranger soigneusement ma frontale (Stoots Focus 1), goûter à peu près à tout ce qu’il y a de mangeable, retrouver mes bâtons avant de repartir. La boisson énergétique au citron proposée sur ce ravitaillement me fait également envie, un bénévole assure que c’est une boisson Isostar, un autre de Décathlon, m’enfin peu importe mettez m’en un bidon.
 Le tout en près de 15 minutes ; je vérifie mon « roadbook 25h » qui prévoyait un passage ici en 3h47, j’ai environ 30 minutes de retard, est-ce grave docteur ? Bof, ça mérite pas une piquouse, on va continuer dans la même veine.
La portion qui suit est censée me convenir puisque ça descend quasiment jusqu’au lac de Saint-Guérin, au 26ème kilomètre, et que j’aime ça moi, les descentes. Pas moyen de se retenir, je fais gaffe à ma cheville droite que j’évite de poser vers l’intérieur et je me laisse aller à dépasser un peu tout en me disant que dès que ça remonte je retrouve un rythme plus cool.

La célèbre passerelle du lac de Saint-Guérin
C’est le cas après la passerelle du lac, une longue montée assez régulière vers le second ravitaillement, où je me souviens avoir commencé à souffrir l’an passé. Cette année, prudent, je rattrape tout de même quelques coureurs dans la montée un peu longuette. Plus que 500 mètres de piste, les spectateurs se font plus nombreux car le ravitaillement est là et j’ai faim !
Cormet d’Arêches 32km, 2845md+, 6h51, 305ème (en 2015 6h04 147eme)
Vers la croix du Berger
Plus efficace ici, moins de 10 minutes me suffisent pour me  gaver, tester cette fois de l’hydrixir comme boisson dans un seul bidon (bof le goût) et je repars tranquillement pour affronter la plus belle partie du parcours : presque vingt kilomètres entre 2000 et 2600 m qui m’avait vu sombrer totalement en 2015, pris de maux de tête, de ventre et d’un manque d’énergie déprimant.
J’avance légèrement plus vite que les coureurs autour de moi, si bien que peu après le lac d’amour je rejoins un coureur à affubler d’un buff Kikourou : c’est Yves94, il est en préparation pour le  grand raid, sans bâtons donc, et il a l’air en pleine forme. Passer le lac, c’est le col à Tutu qui s’annonce de loin grâce à des banderoles "SAVOIE", il y a pas mal de spectateurs sur ce passage, ça pousse à ne pas se relâcher. Derrière le col une courte descente technique avant un sentier relativement facile vers le refuge de Presset me permet de reprendre un peu de force.
Comme dirait mon neveu : « on n’est pas bien là ? » C’est en effet la sensation que j’ai à ce moment, les paysages sont magnifiques mais je ne pense pas à prendre de photos, ou plutôt j’en ai la flemme, au choix.


Bon j'en ai quand même pris deux ou trois mais pas au meilleur endroit
Refuge de Presset 38km, 3550D+, 8h45, 246ème (en 2015, 8h15, 152ème)
Pour bouffer en revanche je n’ai pas la flemme : soupe, jambon, pain, saucisson et fromage y passent gaiement. J’en ai déjà marre des boissons énergétiques mais il y a heureusement du sirop de menthe, que je prends très souvent lors de mes entraînements, c’est parfait.  
Le point culminant du parcours, le col du grand fond à 2671m est à quelques encablures du refuge, une fois cette difficulté passée, c’est quasiment de la descente jusqu’au prochain ravitaillement, de la rigolade.
Sauf que le chemin en balcon creusé dans la neige par les bénévoles jusqu’à la brèche de Parozan est jugé trop dangereux. Il faut donc redescendre d’une centaine de mètres juste derrière le col avant de remonter sous la brèche.
La descente façon luge dans la neige est sympa mais la remontée dans une neige instable avec des rochers affleurant ne m’inspire pas confiance, je crains un peu pour ma cheville… Heureusement c’est court et la brèche arrive vite, c’est maintenant une descente très raide qui nous attend, faite d’un chemin en lacets très serrés tracé plus ou moins dans les éboulis. Je suis le rythme de 3 coureurs prudents, ça me parait trop risqué de doubler ici.
Au milieu de la descente, on entend des cris au-dessus, on s’arrête et se retourne : « PIERRE !!! PIERRE !!! »
Et là je vois débouler comme une furie un rocher de la taille d’un ballon de basket, droit sur nous, mais il change de trajectoire à chaque fois qu’il rebondit sur le sol. Je fais un saut sur le côté pour l’éviter ce qui me provoque une crampe au mollet, un coureur sous moi se jette au sol, personne n’a été touché, ouf ! 
Petite montée d’adrénaline pour le coup, tout le monde accélère un peu et on n’est pas mécontent de revenir sur un pourcentage de pente plus faible. Le reste de la descente jusqu’au plan de la Laie est facile mais pas forcément rapide, enfin on finit par y arriver. A quelques centaines de mètres du ravitaillement, ma femme et mes 2  filles viennent à ma rencontre, on échange une canette d’Orangina  et un petit sandwich contre un bisou. Le solide passe toujours aussi bien, et l’Orangina quel bonheur !!  
Plan de la laie 49km 3898md+ 10h48 213ème (en 2015 : 10h28 175ème abandon)
Qui a le plus beau couvre-chef ?
C’est la mi-course et les plus grosses difficultés sont censées être derrière nous. Je prévois une bonne pause ici, le temps de me changer entièrement et de recharger ma montre notamment. Ma femme repère en face de nous une casquette kikourou, c’est Antoine à qui j’ai acheté mes Lasportiva Akasha, il est en sortie longue prépa Tor des géants et semble très peu entamé par les presque onze heures d’effort. Quelques minutes après son départ du ravitaillement, une grosse averse s’abat et tout le monde se réfugie sous les tentes, des grêlons s’y mettent. J’ai enfilé une veste de pluie que je gardais en rechange dans le sac d’allègement pour éviter de me refroidir, je décide de la garder sur moi, en plus de celle que j’ai dans le sac, sait-on jamais. Une petite accalmie semble survenir, c’est le moment d’y aller, 50 minutes de pause pour le coup je suis frais comme un gardon.
Direction le tunnel du roc au vent, il pleuvine, mais rien de méchant et j’ai le sentiment d’être chanceux d’avoir pu profiter des tentes pendant la grosse averse. Ca monte régulièrement sur un sentier facile jusqu’au tunnel à la sortie duquel on nous promet une superbe vue… sur le brouillard. J’en rigole avec les bénévoles qui me disent que seuls les tout premier ont profité de la vue, j’avais qu’à aller plus vite !!
La pluie s’intensifie peu à peu, on entend même des orages au loin, mais ça ne m’affole pas du tout, dans ma tête je suis persuadé que je vais passer entre les gouttes. Des bénévoles (ils sont partout !!!) m’invitent à admirer le lac de la Gittaz en contre bas à travers les nuages, c’est beeeaaaauuuu ! Tellement beau que je prends une photo, et réajuste ma veste car ça tombe fort maintenant on dirait non ?
Les écarts entre coureurs commencent à être conséquents, j’ai un gars en vue devant à 50m, un autre derrière à même distance. On s’approche du col de la Lauze, quelques grondements de tonnerre semblent plus proches, un des deux bénévoles présent au col, autour de 2300m d’altitude, relève mon numéro de dossard et mon heure de passage (16h30) puis m’annonce :  « on arrête la course, pose tes bâtons et assieds-toi à l’écart, c’est trop dangereux de continuer sur les crêtes, on attend que ça se calme ».
J’obtempère, la pluie est forte, ce n’est pas le meilleur endroit pour s’arrêter puisqu’il n’y a rien pour s’abriter, mais pas le choix. J’enfile mes sur-moufles soi-disant étanches, remonte le col de ma veste jusque sous le nez et j’attends. Peu à peu d’autres coureurs nous rejoignent, beaucoup ne respectant pas les consignes des bénévoles de ne pas s’agglutiner et de s’écarter des bâtons. Le bénévole envoie des nouvelles par talkie-walkie, on est maintenant une trentaine à cet endroit. Enfin, on est autorisé à repartir, cela fait 30 minutes, je commençais à avoir froid ! Pour me réchauffer je repars à fond, et comme j’étais le premier arrêté ici, j’ai envie de repartir le premier ! Certains coureurs décident d’abandonner et de repartir vers le plan de la Laie, il y a justement un sentier qui y descend en 3km seulement. Pour ma part, je me sens très bien, et même si la pluie et le vent compliquent la course, je vais le plus vite possible. Avec le recul, c’était une mauvaise idée de se presser ici, j’y ai laissé bêtement des forces. Au pointage électronique côte 2432, je plains les bénévoles présents dans leur petite tente 2 secondes, mais ils ont pourtant le moral et sont contents de voir quelqu’un, je file aussitôt, ça descend légèrement jusqu’au col de la Sauce, j’y aperçois quelques bénévoles encore, je fonce sur eux à bon rythme mais ils me font de grand geste : en montrant ma gauche ? quoi qu’est-ce qui se passe ? : « c’est par là, vous ne montez pas sur les crêtes, on a raccourci la course vous allez redescendre directement à la Gittaz, suivez le chemin qui descend, vous connaissez ? ». « non mais je vais me débrouiller… ». Il n’y a pas de quoi se tromper, je visualise à peu près où je me trouve, tant que le chemin descend c’est que je suis au bon endroit. La pluie se calme un peu, je suis seul un bon moment, jusqu’à ce qu’un coureur relais me rattrape et m’annonce qu’on a zappé environ 4 ou 5 km. Il file très vite devant (il a moins de 10km dans les pattes). En bas d’une descente particulièrement boueuse, on se retrouve dans une sorte de vallée qu’il faut suivre jusqu’à la Gittaz, c’est un chemin assez facile où on avance à bon rythme. Je cours quasiment tout le long et après le mythique chemin du curé, on commence à apercevoir le hameau de la Gittaz, lieu du prochain ravitaillement.
Hameau de la Gittaz 63km 4869mD+ 145ème
J’ai fait un saut au classement parce que je suis le premier coureur à avoir bénéficié du parcours de repli, et il y a beaucoup d’abandons, particulièrement chez les coureurs qui se sont retrouvés en plein dans les orages et qui ont été refroidi dans tous les sens du terme. Je prends une soupe et grignote quelques bricoles et je repars à l’assaut du col de la Gittaz, 600 mètres plus haut à avaler en 4km. Sur le papier ce n’est pas bien compliqué, sauf que je commence à bien souffrir dans les montées. Motivé par la perspective d’être dans la dernière grosse difficulté du parcours, j’avance lentement, régulièrement rattrapé par des coureurs plus aguerris. Putain de col quand même !!! il arrive ou quoi ? Gros coup de mou, j’ai passé le col, je crois, ça descend même peut-être un peu, mais je suis au ralenti et je regrette d’avoir trop forcé depuis le col de la Lauze, de ne pas m’être suffisamment reposé au hameau.

Ici on devrait pouvoir aller vite, mais pffffff
Il reste un petit 100 mètres de dénivelé pour passer sous le col de la fenêtre où l’on m’annonce le col du Joly à 3km, ça redonne un peu le moral, et la perspective d’une bonne pause m’aide à progresser. J’essaie de trottiner dès que possible, le chemin s’y prête quand même assez souvent, je n’ai pas trop d’énergie mais aucune douleur, en plus il fait beau et j’aperçois le col du Joly et très bientôt le massif du Mont-Blanc sous une lumière magnifique !!

Col du Joly 73km, 5659md+, 17h34, 123ème
 Plus que 30km et 800md+, soit un vulgaire trail de région parisienne ! Je suis quand même bien crevé là, je m’assois une vingtaine de minutes avec une soupe, du coca et de quoi manger. La nuit va bientôt tomber donc je prépare la frontale, et un coup d’œil au profil pour voir ce qui m’attends exactement : globalement, une grosse descente, quelques kilomètres globalement montant et le reste globalement descendant jusqu’aux Saisies, le dernier ravitaillement 17km plus loin. Je repars en marchant d’un bon pas sur un chemin facile mais assez vite une descente glissante vient casser mon rythme, il faut faire très attention où l’on pose le pied. La nuit tombant peu à peu, j’allume ma lampe pour me rassurer, les passages qui suivent sont longs et monotones, ça devrait descendre plus souvent mais ça serait trop facile. Au kilomètre 80, en trottinant doucement, je me tords la cheville, la douleur est vive et m’oblige à m’asseoir immédiatement. C’est la merde ! je m’imagine déjà obligé d’abandonner aux Saisies, je repars inquiet, la douleur encore présente, j’entends (ou je rêve) ma cheville craquer à chaque pas. J’ose recourir mais très lentement d’abord, puis j’oublie la douleur qui s’estompe petit à petit…
Les Saisies se font désirer, je pensais être capable d’aller un peu plus vite sur cette portion, mais la fatigue désormais dicte sa loi, et en arrivant au ravitaillement, l’envie de dormir aussi…
Les Saisies, 90km, 6081md+, 20h42, 92ème
La salle du ravitaillement est surchauffée et c’est tant mieux, je m’installe illico sur une chaise et avale une soupe. Je me rends compte que depuis le col du Joly, plus de 3h avant, je n’ai bu que l’équivalent de 25 cl de sirop de menthe environ, et je n’ai rien mangé sur cette portion. Mais dans l’immédiat, je n’ai envie de rien d’autre que de rester assis sans bouger, fermant les yeux par intermittence. Je discute brièvement avec un jeune coureur qui semble fatigué également. Il porte un t-shirt de l’Echappée Belle, qu’il a déjà terminé en 2014 et à laquelle il participera à nouveau cette année, on s’y recroisera peut-être…
 Il me faut près de 30 minutes pour trouver la force de me relever, j’ai la dalle désormais ! je mange un peu de tout, remplis mes poches de saucisson et je me décide à repartir pour en finir !
300m pour gravir le Mont Bisanne, je ne battrai pas de record de vitesse ici mais la forme revient indéniablement, et lorsque la pente s’inverse, je recours avec plaisir. Le dernier pointage électronique à la croix de Coste marque le début de la dernière descente jusqu’à l’arrivée : 1300m de dénivelé négatif sur 8 km.
8 petits kilomètres que je dévale littéralement, lampe frontale au maximum, j’ai l’impression de courir comme à l’entraînement, ne ressentant aucune douleur nulle part. Je rattrape quelques coureurs sur cette portion, limite euphorique et simplement ralenti par la nécessité de changer la batterie de ma lampe (encore merci au coureur qui m’a éclairé pendant la manipulation). L’arche d’arrivée est franchie avec la sensation de pouvoir continuer des heures sur le même rythme, c’est inespéré.
Arrivé en 23h38 (88ème) en tenant compte des 30 minutes rajoutées par l’organisation pour compenser le parcours de repli.
Le temps m’importe peu de toute façon, je suis simplement ravi d’avoir terminé avec le sentiment d’avoir plutôt bien gérer au moins la première moitié. J’ai ma revanche sur 2015 !
Au final, je n'aurai donc effectué "que" 99.8km, il me faudra donc revenir pour compléter cette magnifique course...


      

mercredi 18 mai 2016

Trail des Allobroges 15 mai 2016 63km 4700D+

Janvier 2016, j’ai la clicotte aigue, ma CB fume, c’est l’ultra des inscriptions : Allobroges, Aravis, Beaufortain et Echappée Belle. Qu’est-ce qu’il m’a pris ? Je cherche encore, mais c’est fait et désormais deux hypothèses sont plausibles :  
      -Je vais monter en puissance, avec une préparation à base de long et de pentu qui me sera forcément bénéfique pour venir à bout de l’Echappée Belle.
    -Je vais me cramer, je n’ai jamais dépassé les 80km, fin juin je serais mort physiquement ou mentalement ou les deux.

J’arrive à Bellevaux, Haute-Savoie, avec un début d’année basé sur le long et des vacances chargées en D+ dans les Albères 3 semaines avant, je me sens confiant et je profite de mon arrivée le samedi midi pour aller reconnaître ce qui me semble être le passage crucial des Allobroges : la montée après le lac de Vallon, au ravitaillement du 40ème km.
Je fais donc une petite marche de 10km aller-retour, pour 550m de dénivelée, et j’en conclus bêtement que ce n’est pas si difficile que ça, que c’est un peu boueux mais sans plus, que si tout le parcours est comme ça c’est de la rigolade…
Première leçon : mes impressions c’est de la merde.

La nuit sur le terrain de camping (avec quelques kikoureurs croisés) se passent comme à l’habitude, je dors par intermittence, me demandant quels débiles se lèvent à 4h du matin pour courir 60 bornes. Mais les 5hrs arrivent vite, et après un coup de stress pour sortir la voiture du terrain de camping (ma Berlingo n’est pas habituée à de si fortes pentes :d), c’est déjà le moment de partir et finalement, on voit bien que tout le monde est content d’être là.

5km de plat pour commencer avant la première côte qui est raide et boueuse, c’est la queue-leu-leu, personne ne prend le risque de doubler, ça ne servirait à rien. J’ai Lemulot et Nono92 de Kikourou, déjà salués avant le départ, 20 mètres devant moi. 600m de D+ plus tard, c’est la redescente qui est raide et boueuse. Juste derrière Lemulot, je profite de ses 35 glissades sur les fesses, heureusement sans bobos (mais sans doute pas de bon augure pour la confiance), tandis que je réussis miraculeusement à rester débout. A peine le temps de souffler que ça remonte de nouveau, faut bien reprendre les 500m d’altitude perdus en 2km. Cette seconde montée est beaucoup plus facile, on vient de passer les 10km et c’est le moment où j’essaie de réfléchir, je me force à garder un rythme facile, je pense à la longueur de la course, la nécessité de gérer et tout un tas de conneries que j’oublie dès que la descente arrive : je décide de me lâcher un peu quand même, j’aime bien les descentes alors si je ne me laisse pas aller, c’est pas drôle. Celle-ci, longue de 4km, nous amène au premier vrai ravitaillement de Reyvroz , au 19ème km atteint en 3hrs.
Belle vue sur le lac Léman au 14ème km
 Je suis bien mais j’ai déjà beaucoup transpiré, l’humidité ambiante ne me va pas. Je fais le plein d’eau, me gave de saucisson et fromage, et repars tranquillement pour finir de rejoindre le point bas de la course : une passerelle au-dessus du Brévon, 600m d’altitude et départ de la plus grosse difficulté de la journée puisqu’il va falloir grimper 1000m plus haut.
Bon là, c’est plus de la rigolade. Je ne sais pas quel est le pourcentage de pente mais les semblants de marches creusées dans la boue, les bâtons qui se coincent, les chaussures qui dérapent… ça me tue en 10 minutes. Je ralentis le rythme de plus en plus, je regarde sans cesse l’altitude sur ma montre, et cela dure éternellement, beaucoup de coureurs me doublent dans ce passage, c’est vraiment le moment difficile de ma course, physiquement et moralement.
J’ai mis près de 2heures pour 5km, beaucoup de micro pauses, un manque d’énergie évident. Je me demande ce qu’il me manque pour garder un meilleur rythme sur ce genre de portion, du renforcement musculaire ? des fractionnés en côtes ? ou tout simplement l’habitude des longues montées ?
Toujours est-il que le sommet arrive comme une délivrance, je retrouve du peps pour entamer la descente jusqu’à La Buchille, 29ème km, 2ème ravitaillement en 5h25 à la 102ème place. J’y rejoins Lemulot qui m’avait déposé dans la montée précédente, il commence à sentir des crampes et prends son temps, je repartirais avant lui pour ne plus le revoir par la suite. Après une bonne soupe et un moral retrouvé, je repars pour une petite descente cool avant de rejoindre le point haut du parcours après un long passage sur la neige. Je me sens bien, mais hors de question de tenter le diable, je vais lentement mais sûrement. Le premier du trail des Crêtes me double vers le 30ème kilomètre, il trottine gaiement comme un cabri et je me dis que la vie est injuste. 
Près de 1800m d’altitude, les bénévoles m’annoncent le sommet du parcours. Désormais, c’est « presque » que de la descente jusqu’au lac de Vallon, ça passe comme sur des roulettes, mais l’arrivée au ravitaillement est tout de même bienvenue car je commence à redouter une espèce d’hypoglycémie. 40ème kilomètre, 7h36 de course et 79ème, ça mérite une bonne pause. En plus je connais les 5 prochains kilomètres parcourus la veille, tout va bien. 
Lac de Vallon, 40ème km
 On contourne le lac par un chemin facile, je marche en finissant saucissons et fromages, et la montée commence, c’est l’avant-dernière, enfin « presque ».
vers le 43ème km, on retrouve la neige
C’est marrant mais c’est moins facile qu’hier, me dis-je assez vite. Je suis obligé de m’arrêter régulièrement, pour m’alimenter, boire, car par moment j’ai l’impression d’être fébrile, les bénévoles croisés me demandent tous si je vais bien, je réponds oui mais je dois avoir une sale tête quand même…Évidemment beaucoup de coureurs me redoublent, c’est toujours les mêmes depuis le début de la course quasiment qui me déposent en montée et que je rattrape en descente. Je passe cette portion tant bien que mal, un peu démoralisé par la succession de coups de culs auxquels je ne m’attendais pas. 
la fin de la "presque" avant dernière côte
 Heureusement, et ça devient une habitude, mes forces reviennent dès que la pente s’inverse, mes jambes répondent parfaitement dans les descentes les plus techniques. Malgré tout, une bénévole du dernier ravitaillement de Mégevette, au 52ème km atteint en 10h10, me propose de rester un peu plus longtemps pour me reposer avant de repartir,  je décline son offre gentiment, prétextant qu’il ne reste que 10km et que ça va.
En vrai, ça va bof. Une dernière difficulté de 700m de D+, pas très rude sur le papier, finit de m’achever. Je me fixe de mini-objectifs du genre : « à 1400m d’altitude je fais une pause ». J’ai du mal mais tant que ça avance…l’arrivée se rapproche. Alors que voilà la descente finale, j’en ai franchement marre et je me fais violence pour courir un minimum. Une dernière concurrente me double dans la descente des téléskis, ça me motive pour garder un petit rythme.
L’arrivée, comme toujours pour les courses si longues, est une délivrance après 12h45 d’effort, près de 63km, 4700m de dénivelée, et une 93ème place sur 145 arrivants. Une course difficile portée par une organisation et des bénévoles parfaits.

      C’est le 1er gros morceau de l’année, les leçons apprises : 
     -Pas de douleurs, les quadris ne fatiguent pas du tout en descente.  
     -Des progrès à faire dans les montées, surtout très raides.     
     -Besoin de trouver une meilleure alimentation, le manque d’énergie a été flagrant par endroit.

      En attendant de trouver des solutions, repos.

 





samedi 2 janvier 2016

Annus Civilum Cursum Vici Bili 2015-2016


Je réfléchis à 2015, je me souviens, en courant, aidé des outils subsoniques aux surcouts certains :
2015 en résumé

Parmi ces 251 "moves" se dissimulent quelques courses :
- février : Maxicross, 30km 1000D+ dans le Val d'Oise en 3h40, 20 min de plus que l'an passé, dur.
- mars : Ecotrail de Paris, 80km 1500D+, 9h, long mais ça passe.
- avril : Trail des Citadelles en Ariège, 70km 3500D+, 10h30, fin difficile, mais très bon souvenir
             Alberatrail dans les Pyrénées-Orientales, 42km 3000D+, 7h30, début difficile, bien fini
- mai : Trail des Cerfs dans les Yvelines, 50km 1000D+?, 5h20, monotone
- juin : Ardennes Mega Trail, 54km 2800D+, 7h30, bien du début à la fin
- juillet : Tour du Beaufortain en Savoie, 105km, 6500D+, abandon au 50ème, magnifique
-août : Echappée Belle en Isère-Savoie, 80km 6000D+, 25h, magnifique
-septembre : Impérial Trail Fontainebleau, 60km 1700D+, 8h, tranquille...
-octobre : Trail de la Vallée du Scorff, Morbihan, 42km, 1300D+, 6h45 avec Marion, beau parcours

Ce qui fait 10 courses si je n'oublie rien, toujours au dessus de 30km ce qui explique mon gros manque de vitesse ou vice-versa. D'ailleurs par rapport à 2014 ma vitesse moyenne a diminué, mais au profit du dénivelé puisqu'il a lui bien augmenté.

Pour 2016, l'objectif principal sera de terminer l'ultra tour du Beaufortain et donc dépasser les 100km en course. A priori, je vais tenter le même genre de préparation, c'est-à-dire selon l'envie, avec le plus possible de dénivelé, quelques courses en guise de sorties longues, et si j'arrive à me motiver pour faire un peu de vitesse de temps en temps ça serait parfait.









mercredi 30 septembre 2015

Barrières

Dernier étage, fenêtre ouverte, c'est maintenant.
Échéance proche, en revanche déchue, elle décevra le néant, elle s'en souviendra d'avoir tenté l'évasion, en décharge des sens.
Comme une avalanche déclenchée qui n'enfouit que les cris, étouffant les mots, soufflant même un peu de chaud.
Manifeste ! Avance contre la marée silencieuse, celle qui voudrait t'enfoncer, qui te tiraille les tripes, t'écorche les peaux. Souffre sous la pluie et le froid, pour mieux échapper ton corps et penser à moi. Comme à nous et espère.
Pense encore, évade ta douleur. La grève s'éteindra, tu seras vivante, les yeux ouverts sur l'émouvant, renaissant pour quatre, déjà pour toi.
Alors saute.

samedi 12 septembre 2015

Echappée Belle 85km, 5900D+

C'est bon là, je crois que j'ai Belledonné

Je suis déçu en ce 22 juillet, j'ai d'abandonné l'Ultra Tour du Beaufortain il y a 4 jours et je veux une sorte de revanche. J'ai un instant l'espoir qu'il est encore possible de s'inscrire sur le Tour des Cirques dans les Pyrénées, mais finalement non. Je sais qu'il y a l'Echappée Belle, le 144km c'est même pas la peine pour moi, alors je me penche sur le 85k, la logistique pas trop contraignante et la promesse d'un parcours superbe, exigeant et très technique plus propice à la rando rapide qu'à la course, me convainquent de m'inscrire.
Il me reste alors 5 semaines pour me préparer au mieux, une bonne semaine dans la Vallée d'Ossau en randonnée avec Marion où j'avalerai une centaine de kilomètres et quelques 8000m de dénivelé et 3 semaines en Bretagne où je me contenterai de sorties longues peu vallonnées. Au final, je me sens plutôt frais à la fin du mois d'août et c'est confiant que je me présenterai au Pleynet, le 29 à 6 heures du matin, impatient d'en découdre devant la ligne de départ.
Voilà ce qu'il faut faire rentrer dans le sac

2,7kg sans l'eau ni les bâtons
 Après un contrôle des sacs aléatoire un peu bazardèsque – pour moi ce sera le sifflet, le directeur de course fait son briefing de dernière minute et nous met en garde à peu de chose près : « le secret, c'est la gestion, sur le 144km (débuté la veille à la même heure), c'est l’hécatombe, ils ont géré n'importe comment, on a beaucoup de déshydratation, il va faire chaud, buvez beaucoup et profitez-en ! »

La gestion, ça veut simplement dire qu'il faut partir très lentement, ce que je compte faire car les barrières horaires sont larges et je n'ai pas d'objectif en vue ( je me dis simplement que 22 ou 23hrs ça serait bien).

Le Pleynet, 1443 m, 0km
Cela débute par une montée sur une sentier assez large où je me fais doubler de tous les côtés. C'est une nouveauté par rapport à la 1ère édition en 2014 où le départ se faisait en descente jusqu'à Fond de France ; cette année une petite montée au col de Merdaret à 1819m permet d'étirer le peloton et de s'échauffer sans risque. Comme c'est la coutume sur toutes les courses de France jusqu'aux confins de l'univers, je remarque deux coureurs parlant forts, semblant très heureux et qui arborent chacun un drapeau breton sur leur sac : c'est rassurant, la course est homologuée. Je crois que c'est eux sur cette vidéo, qui permet de se donner une idée de quelques passages intéressants de la course d'ailleurs : https://www.youtube.com/watch?v=qks73k2uDAk
Début de course tranquillou
Je suis plutôt en fin de peloton, ça avance tranquillement même dans la redescente qui nous amène au km8 et 1000m d'altitude, il est 8h du matin environ et il commence à faire chaud, en tous cas je transpire déjà beaucoup. Nous avons désormais rejoint le parcours du 144km, que les derniers coureurs ont du emprunter ici vers 5h du matin je pense. Il me tarde d'en rattraper quelques uns, je les admire d'une certaine manière car cela me paraît encore incroyable de courir de telles distances, beaucoup ont abandonné la veille et quelques encouragements de gars plus frais ne feront pas de mal à ceux qui s'accrochent.
La descente terminée, une longue montée s'amorce en forêt pour rejoindre les chalets de la Valloire, c'est raide (800D+ en 3,4km) jusqu'au premier chalet à 1823m, et ensuite plus doux avec quelques redescentes et passages roulants jusqu'au 2ème chalet de Tigneux. Deux ou trois coureurs semblent déjà souffrir dans cette 1ère difficulté, cela promet d'être long pour eux...
De mon côté je suis un couple qui m'a l'air expérimenté, leur rythme me convient bien et je les garde à vue pour me rassurer sur mon allure.


Lac Léat, 15km, 1727m,, 1450+, 1169-, 183ème, 3h20 de course
Petit à petit la pente s'adoucit et nous arrivons au refuge, une petite descente nous amène alors jusqu'au lac Léat. Un bénévole me propose en rigolant d'emprunter alors le parcours du 144km qui diffère ici du notre, question de faire quelques kilomètres supplémentaires. C'est gentil mais je passe mon tour, je vais plutôt prendre un coca, du fromage, je recharge mes bidons (un d'eau pure, l'autre avec une poudre énergétique) et je repars au bout de 5 min, à quelques mètres toujours du couple (Thierry et ?).
Vers le Moretan, ça tape !

Au programme un sentier relativement glissant, parfois en devers, pour rejoindre à nouveau l'itinéraire du 144 puis le refuge de l'Oule à 1836m qui marque le début des hostilités jusqu'au col Moretan (2503m). Tout va bien, je m’attendais à souffrir dans cette montée de 2km dont quelques centaines de mètres dans de gros cailloux parfois instables, mais début de course aidant, j'avance très tranquillement, la chaleur ne me dérange pas et je ne ressens même pas le besoin de plier mes bâtons. Je n'ai posé les mains que sur les 20 derniers mètres il me semble, du coup j'arrive au col avec la patate.
Au Moretan, côté qu'on monte
Au Moretan, côté qu'on descend

Col Moretan, 20,6km, 2503m, 2489+, 1434-, 165ème, 5h39 de course
J'apprécie généralement les descentes techniques, dans les rochers, la neige, pentues si possibles tant que ce n'est pas trop glissant. Celle du Moretan m'a régalé, sans prendre de risque, je m'y suis laissé aller dès que c'était possible. Malheureusement la densité de coureurs devant moi et l'étroitesse du sentier notamment sur la moraine m'ont obligé à me freiner et j'ai l'impression d'en avoir retirer plus de fatigue que si j'avais réussi à me lâcher. Deux ou trois coureurs prennent le risque de doubler malgré tout, je préfère prendre mon mal en patience et très vite la pente s'adoucit et le rythme s'accélère. Quelques coureurs profitent des lacs pour se rafraîchir mais je n'en ressens pas le besoin, à cette altitude la chaleur est largement supportable. 
vers les lacs
Le terrain devient maintenant très praticable au niveau du vallon de Périoule, autour du ravitaillement express du même nom et je rattrape Zecrazytux qui s'est lancé sur le 144km. Il me semble aller bien mais s'inquiète un peu de la BH de Super-Collet où il aimerait prendre son temps -Il terminera en jouant parfaitement avec les barrières horaires, bravo à lui.
Au ravitaillement (1809m, 24km), je ne prends pas assez mon temps, je recharge uniquement en eau mes deux bidons, avale un ou deux morceaux de saucisson et de fromage, un peu de coca et je repars en moins de 5 minutes je pense. Je me fais plaisir dans une descente en sous bois où je suis seul et profite pleinement. Elle nous amène à 1298m au plan de l'ours, sur une piste plate de quelques centaines de mètres sur laquelle j'hésite à faire quelques allers-retour pour faire augmenter ma moyenne... Un coureur du 85 me rejoint, je décide de lui emboîter le pas avec l'idée de faire la raide montée qui suit (2km pour 500D+) avec lui. C'est un francilien aussi, de Clamart, son rythme me convient et on s'imagine déjà à Super-Collet bien avant 15h ce qui correspond à son plan de marche (on va dire au mien aussi!). Sauf que...
Je sens au bout de quelques minutes de montée que mes forces m'abandonnent, tout à coup la chaleur qui jusque là ne me dérangeait pas se rappelle à moi, j'ai l'impression de bouillir et ma vitesse décroit inexorablement si bien que mon furtif compagnon s'éloigne. Cette montée va s'avérer être un calvaire, chaque pas me coûte un effort débile, je me retourne souvent pour évaluer le rythme des autres coureurs par rapport au mien : je crois bien que des 144 me rattrapent ! Chaque petit ruisseau me sert alors de prétexte à m'arrêter et je m'octroie mes premières pauses avec mouillage de tête/buff. Les zones d'ombre trop rares sont de petits oasis de fraîcheur et je ne vois pas la fin de cette montée de merde !!!!!
La pente redevient quand même raisonnable, ça redescend même un peu là non ? Si ? Bon faudrait peut-être que les sentiers Belledonniens soient un peu plus clairs dans leurs intentions, c'est pas du boulot ça !

Super-Collet, 33,6km, 1644m, 3175+, 2971-, 120ème, 9h08 de course
Enfin le ravitaillement et cette fois je me dis que je vais prendre mon temps. J'ai tout de même pas trop mal avancé entre le col et le plan de l'ours au vu du classement (aux abandons près?).
Il fait trop chaud ici et il y a beaucoup de monde, je commence par remplir une gourde de coca, que j'avale assez vite en discutant avec un coureur qui a du mal à s'alimenter, comme moi il est arrivé assez mal ici et sent qu'il est en train d'aller beaucoup mieux après quelques minutes de pause. J'espère que cela sera le cas pour moi aussi. Je me change complètement -merci le sac d'allégement fourni par l'organisation- tartine mes pieds même si aucun début d'ampoule n'est à signaler.
Je me débarrasse de quelques pâtes de fruits car elles commencent à m’écœurer. Je me sens mieux, et d'un coup je me mets à me presser, je remplis vite mes gourdes, bois un dernier verre d'eau gazeuse et je repars. Je n'ai pas assez mangé, j'aurai du prendre une soupe, et surtout tous les morceaux de fromages et de saucissons sont restés dans une poche du short que j'ai changé, je n'ai donc sur moi rien de salé.
C'est après 45 minutes environ que je repars pour une montée sur piste jusqu'au sommet des télésièges, en plein soleil certes mais ça paraît tout de même assez facile et j'entame ces 400md+ confiant. En fait c'est pas si facile que ça, un début de crampes aux quadris m'alerte, tout d'abord très supportables je ralentis le pas sans m'affoler mais elles réapparaissent par intermittence et de plus en plus fortes. Je m'arrête alors régulièrement pour m’asseoir et me masser les cuisses, et ce jusqu'à Val Pelouse quasiment. Je n'ai pas eu de crampes depuis 2 ou 3 ans, alors au sommet de la côte je me pose vraiment des questions sur mes capacités à terminer, et le télésiège est tout près, ça serait tellement agréable de redescendre à Super-Collet avec lui ! Plusieurs coureurs m'encouragent lorsqu'ils me voient me masser les jambes sur le bord du chemin et l'un d'eux me dit :  « t'en fais pas, les crampes ça passe toujours ! » Il a raison, les crampes c'est que dalle, c'est du moins ce que je tente de me convaincre. Je trottine par petits bouts dans la descente facile au col de Claran, les crampes semblent me laisser un moment de répit. J'ai bu quasiment 1,5l d'eau en 5km, heureusement une fontaine au refuge de Claran me permet de refaire le plein, avec une poudre saveur cerise dont le goût m’écœure moins. Il y a encore 3km de descente que j'effectue à bon rythme, rattrapant quelques coureurs, surtout du 144, dont 2 qui m'apprennent venir de la baie de Somme et de la Rochelle, encore plus plat que les Yvelines ! Un coureur est allongé au bord du chemin, on s'assure de son état : « ben je dors ! » qu'il répond, offusqué qu'on ait osé le déranger... 200 mètres plus loin un autre 144 me demande si j'ai réussi à le réveiller, cet autre 144 s'appelle Benjamin et je le croiserai souvent.
On arrive très vite au point bas de la section : la passerelle du Bens à 1431m qui marque le début de la longue montée au refuges des Férices puis au col d'Arpingon. Là c'est officiel : 40km de course, 3675m de dénivelé et je suis cuit dans tous les sens du terme.
Cette prochaine montée me fait peur, je crains le retour des crampes alors je me pose quelques minutes à la cabane de chasseur où des bénévoles pointent manuellement les coureurs. Ils sont ici depuis la veille au soir, certains sans avoir dormi, merci à eux. Ils ne sont pas les plus mal lotis puisqu'ils ont un torrent à proximité, ce qui n'est pas le cas des bénévoles campant au col qui n'ont plus d'eau depuis un certain temps me raconte un des bénévoles. J'ai bien proposé de leur monter un jerrican, mais ils ont bien vu que j'aurais déjà assez de mal à trimballer ma carcasse...
Bref, il faut s'enfiler 500D+ jusqu'au refuge des Férices, un chemin de croix sur lequel je décide de fractionner en 100-5 (100m d+ / 5 minutes de pause et massage des cuisses). Bon an, mal an, j'atteins le refuge mais convenons-en, je ne mériterais pas le maillot à pois rouge...

Refuge des Férices 43,1km, 1908m, 4103+, 3683-, 120ème, 12h55 de course
Ce refuge est l'occasion d'un énième pause, d'un peu de coca, d'une part de cake et de repartir en oubliant mes bâtons. Heureusement je m'en rends compte assez rapidement pour revenir, la pente nous laisse un peu de répit, j'ai l'impression que mon état s'améliore, il fait moins chaud en ce début de soirée, le paysage est époustouflant, le col d'Arpingon devrait se dévoiler bientôt, je suis content.
M'enfin Arpingon se fait tout de même désirer, et à vrai dire je ne sais pas à quel moment on l'a passé exactement...Ce qui rassure c'est que tout le monde est aussi impatient d'arriver au col : « allez, après Val Pelouse, plus qu'une côte 500D+ et c'en est fini des montées !! » s'exclame un coureur. Je réunis alors la poignée de neurones encore opérationnelles pour me rappeler la suite du programme, ce qui entraîne cette réponse : « non non, en fait, il en restera 3 de 500 ». Autant vous dire que c'est pas la meilleure nouvelle de la journée pour ce coureur, j'en suis désolé.

Tiens, on dirait que ça ne monte plus ? En effet, des bénévoles sont là pour nous annoncer la suite : Val Pelouse, prochain ravito, est à 5km de descente, soit environ 1h10 en marchant bien.
C'est l'heure de ressortir la Stoots, le soleil est derrière les montagnes et la lumière décroit très vite, j'ai envie de plier l'affaire et c'est concentré que j'entame cette descente qui n'a pas l'air si terrible que ça. C'est le cas : elle n'est pas terrible. Ce qui est terrible : c'est ma tête, elle commence à tourner. L'autre truc terrible : mes jambes, les crampes sont de retour. Grmmmpff, l'affaire se complique grassement, je m'arrête, repars, mon rythme se lentifie, ma vitesse s'atrophie, mes pas se mélassent.
Je cherche un endroit confortable pour m'allonger, j'ai envie de fermer les yeux. Des hordes de coureurs supersoniques me dépassent. Je passe un temps infini sur cette section et j'en ai marre. Marre de la montagne, marre de la nuit, marre des courses. J'appelle Marion pour lui dire mes envies d'abandon et je crois bien qu'elle m'engueule ! Bon ça me donne tout de même un petit coup dans mon honneur et je conviens d'un double objectif : ravito-dodo.
Un panneau finit par indiquer Val Pelouse à 1h, j’exècre ce panneau stupide et inerte. Je profite d'un semblant de pelouse pour m'allonger et fermer les yeux quelques instants, la nuit est quand même magnifique ! Ce serait franchement bête d'abandonner d'autant que juste là :

Val Pelouse, 50,7km, 1726m, 4627+, 4372-, 134ème, 16h09 de course
L'atmosphère sous la tente est étouffante mais je compte prendre mon temps, je chope une soupe et m'assois sur un lit. Je bois doucement avant de m'allonger en réglant mon alarme pour 45min, j'enfile ma polaire et j'espère dormir un peu malgré l'agitation. Je m'assoupis quelques minutes avant de me réveiller grelottant. Je me sens tout de même beaucoup mieux et décide de repartir non sans avoir fait le plein de saucisson et fromage. Il est 23h15.
Ça monte illico, ce n'est pas la joie mais heureusement le col de la Perrière (1977m) est vite atteint et je retrouve des jambes dans la descente vers les sources du Gargotton en compagnie d'un 85 qui a déjà fait la course pour la 2ème fois et qui me décrit précisément la suite du parcours. Un 144 semble perdu, hébété il nous demande : « c'est par où le chemin ? » Il ne sait plus dans quel sens aller et avoue dormir debout...
Après les sources, la remontée au col de la Perche se fait lentement mais sûrement. J'y rencontre FranckdeBrignais apparemment en pleine forme, il attend son pote Spir qui se débarrasse à sa manière du trop plein d'eau de son estomac. Au col de la Perrière, je suis étonné par la douceur de l'air. Une bénévole explique ce qui nous attend alors mais je ne retiens que « lac des grenouilles ». Benjamin arrive au col également et repart aussi sec avec une belle foulée. Sa frontale est déjà très loin lorsque je repars à mon tour. Je vais infiniment bien mais l'envie de dormir se fait pressante, je suis seul et avance plutôt vite en trottinant assez souvent. Je crois que je double une coureuse du 144 que je distance très vite avant d'atteindre le sommet du grand chat à 1956m, sensé marquer la fin des difficultés. Il reste 1000m de descente sur 7 ou 8km, je rêve de la sieste que je prévois de faire au Pontet. Je cours une grosse partie de cette portion, et redouble Benjamin qui souffre d'échauffements sous les pieds. On arrive sur des parties sur pistes où l'altitude diminue très lentement mais qui s'avèrent reposantes. Mon altimètre approche des 900m, altitude théorique du Pontet et je trépigne de ne pas voir le ravitaillement – en fait il y a près de 3km de plat avant...
Un coureur du 47km, probablement le dernier, avance très lentement, il a 17h de course et 33km dans les jambes, ça montre bien la difficulté de l'épreuve !

Le Pontet, 67,3km, 891m, 5470+, 6012-, 114ème, 21h29 de course
Délivrance, je prends une soupe et m'inquiète de ne pas voir de lits. Une bénévole me rassure puis m'accompagne vers une yourte à l'écart. L'ambiance y est apaisée, une sorte de dortoir pour petite section de maternelle, on entend des bruits de respiration, des couvertures que l'on remonte, l'environnement parfait pour dormir ! Il est 3h45, je règle mon réveil pour 4h45, m'allonge et m'endors aussitôt. La sonnerie m'extirpe d'un sommeil profond, j'hésite à dormir une heure de plus, mais je grelotte de nouveau donc je me force à me rhabiller pour partir au plus vite. Si vite que je ne remplis qu'un seul de mes bidons ! Il est 5h environ lorsque je repars, en grande forme. J'avale la dernière montée d'un pas régulier, totalement seul pour arriver au dernier point de contrôle. La dernière descente est une formalité, je rattrape des centaines de coureurs (bon une dizaine plutôt) qui marchent pour la plupart, seules de légères courbatures me rappellent que je viens de parcourir 75km. Le jour arrive avec les premières portions bitumées qui présagent de la proximité de l'arrivée et j'ai presque envie de prendre mon temps pour savourer.
Je sonne la cloche d'arrivée à 7h16 le dimanche 30 août. Je suis bien.
Aiguebelle, 80km, 332m, 5929+, 7052-, 115ème, 25h07 de course