Piau-Engaly, la navette nous dépose peu avant 10h du matin au pied du départ de l'épreuve. J'ai les cuisses courbaturées d'une sortie de 6km 500D+ 3 jours avant, que j'avais voulu faire pour "tester" mon genou dans une petite descente de montagne. Logiquement ce genre de sortie ne me laisse pas de trace, mais après 1 mois sans dénivelé suite à mon abandon sur la Ronda del Cims, mon corps réagit tout à fait différemment.
Du coup le départ donné, je ne suis pas super serein mais j'espère tout de même un temps autour des 28-30hrs. Les 8 premiers km sont sur un terrain facile, piste de ski plus ou moins raide avec un retour sur la station de Piau pour un premier ravitaillement. La descente ne se passe pas super bien, je n'ai pas mal au genou mais les cuisses chauffent déjà, me dis que ça va passer, que j'ai le temps et que le saucisson est bon.
Au dessus de Piau Engaly
On est près de 650 me semble-t-il et le peloton a du mal à s'étirer, je dois être dans le ventre mou comme à mon habitude en début de course. Ca s'élève tranquillement pour passer le port de Campbieil, je ne crois pas forcer vraiment, mais c'est pas facile non plus, on atteint les 2610m de ce col et 15km de course, c'est le sommet du parcours qui marque le début d'une longue descente jusqu'au ravitaillement de Gèdre, 10km et 1600m plus bas. A priori, j'adore les descentes et j'en profite toujours pour me lâcher, doubler, prendre du plaisir. C'est ce que je fais dès l'entame de celle-ci, qui en plus est agréable et facile. Sauf que. Que mes cuisses, qui peut-être sont trop sollicitées pour protéger le genou, ou manquent peut-être d'entraînement sur ce dernier mois, ou quoi ou qu'est-ce, sauf que mes cuisses disent non. Ralentis, marche, me lancent-elles avec leur accent particulier si difficile à retranscrire à l'écrit. Je ne suis pas du genre contrariant, mais tout de même, au bout de 15km de course, j'exige habituellement d'elles qu'elles la ferment. Ca me rend bougon.
Montée au port de Campbieil
Et à Gèdre, 25km de course en 4h15, dans les 200-300ème, je suis déjà épuisé. Je crois que Marion m'appelle à ce moment et j'en profite pour me plaindre. Repose-toi me dit-elle, tu as le temps. Pas con la meuf ! Je reste donc 30 minutes au ravitaillement, à goûter les mets entreposés sous la tente, remplir mes flasques, espérant le retour de l'énergie nécessaire à la portion suivante dont j'ai fait une reconnaissante assez complète l'année précédente (sans savoir que je ferai la course). En effet, la sortie de Gèdre marque l'entrée dans le bois de Coumély, via le sentier Raymond je crois bien, et ça monte sec jusqu'aux granges de Coumély.
lac des Gloriettes
Manifestement, les 30min de pause à Gèdre n'ont pas suffi. Je suis d'une lenteur affligeante, je me repose sur mes bâtons tous les 50md+, je souffre jusqu'au replat précédent le lac de Gloriettes. Je me sens faible, je me gave de gels, de compotes, je bois beaucoup, ça ne change pas grand chose. Enfin j'arrive tout de même à suivre les coureurs sur les replats, et le tour du lac relativement plat se passe bien, je sais qu'il y a un peu de répit avant la montée à la Hourquette d'Alans, au 38eme km. Nous remontons tranquillement le gave d'Estaubé qui mène au cirque du même nom, la lumière est belle, il fait chaud et j'en profite pour m'allonger sur l'herbe, à l'écart du sentier, je m'octroie 15min les yeux fermés, et je tente une barre énergétique goût salé : tomates, chia et plein de trucs sur la liste d'ingrédient qu'avec ça si je pète pas le feu en repartant je comprends plus rien.
Cirque d'Estaubé
Refuge des Espuguettes, brèche de Roland au loin
Et ben ça fait du bien, franchement, je m'accroche à un petit groupe mené par un V3 ou V4 affûté, et je monte plutôt correctement la Hourquette d'Alans. Le chia ferait-il son effet ? Je me dis que oui, et je file dans la descente vers le refuge des Espuguettes, qu'on voit là, en bas. Enfin mes cuisses ont l'air de répondre mieux que tout à l'heure, je descends correctement, et achète deux Oranginas au refuge. Allez hop c'est quoi la suite ? Ca continue de descendre jusqu'à Gavarnie, prochain ravitaillement à 50 km de course. Le chemin est facile, on passe tout près du cirque, c'est beau, l'après-midi se termine, je n'ai pas un rythme d'enfer mais je ne me fais plus dépasser. Et Gavarnie arrive vite finalement malgré une bifurcation ratée qui me fait perdre moins de 500m. C'est l'heure du souper (pâtes, soupe, salade de fruits), et du passage en mode nuit.
Cirque de Gavarnie
La suite a l'air chiante, faut redescendre à Gèdre d'abord, puis à Luz, avec 3 coups de cul de 300,400 et 200d+. Je confirme que c'est chiant, surtout de nuit, surtout quand l'énergie nous manque, surtout quand, après 30 nouvelles minutes de pause à Gèdre, on doit s'arrêter tous les 100m pour retrouver de la force, fermer les yeux, mettre la veste parce qu'on a froid, l'enlever de nouveau, la remettre, se mettre à genou pour vomir, croire que ça descend et que ça remonte... Et qu'on arrive à Luz 6h50 plus tard pour 21km. globalement descents.
Luz, 3h20 du matin, 17h20 de course et 71km, 268ème. Pâtes, change complet, orangina, soupe, 1h allongé dans la salle de repos, peut-être 10min de dodo, pâtes. A 5h03, je ressors de Luz à la 298ème place, on va monter tranquillou jusqu'à Barèges, puis le refuge de la Glère, avant d'entrée dans le vif du sujet, et j'ai hâte car je me sens franchement mieux. D'ailleurs, après une petite pause café-soupe à Barèges, j'entame la montée facile par la piste jusqu'à la Glère à très bon rythme, pour la première fois de la course je laisse des gars sur place, et discute avec d'autres avec bonne humeur, aujourd'hui est un autre jour, pensè-je.
Montée technique au refuge de la Glère
Je ne traîne pas à la Glère qui marque l'entrée dans le Néouvielle, terre de caillasses informes, lacs multiples et chevilles en vracs, on s'y amuse bien en général, surtout que cette année, on nous a mis du rab avec un enchaînement Hourquette de Mounicot, Col de Madamète et Hourquette Nère digne de Belledonne, avec un petit passage ravitaillement à la cabane d'Aygues-Cluses. C'est pas pour dire, mais sur cette portion, je vais tellement plus vite que les autres surtout en descente (pourtant personne n'y court) que je prends le temps de me baigner dans le lac Nère jusqu'à la taille. Ca fait un bien dingue, de quoi finir cette coursette dans la bonne humeur.
Lac de la Glère
Je fais tout de même une bonne pause à la cabane d'Aygues-Cluses et avant le sommet de la Hourquette Nère, car je sais que les 30hrs ne sont plus jouables, et qu'il suffit de finir tranquillement désormais. La descente vers le lac de l'Oule, que j'avais déjà emprunté sur le 80km en 2014, n'est pas très facile et il faut être super attentif, les premiers du 80km m'y dépassent parfois, mais je garde un rythme très correct jusqu'au dernier ravitaillement : le restaurant Merlans dans lequel je ne m'éternise pas car j'ai hâte d'en finir.
La dernière portion est une formalité que j'exécute tout en courant, douleurs au genou et cuisses envolées. Je termine en plus de 31h, avec un sentiment mitigé au vu de ma première journée dans la souffrance et sans énergie, contrastant avec le plaisir dans le Néouvielle et le simple bonheur de terminer.
Mai 2017, le week-end Grand Raid 73 ressemble ce que l'on pourrait appeler un week-end choc : rando bivouac pour reconnaître une quarantaine de km de la course avec les deux grosses difficultés du parcours le jeudi et une portion plus simple le vendredi pour arriver au départ des 73km le samedi matin pas trop entamé.
Malgré mes efforts sur le gain de poids, je me suis trimballé un sac à dos de près de 10kg le jeudi et vendredi (dont 2.5 litres d'eau) et avec près de 40k et 2600D+ sur les deux jour, je ne me sens pas des plus frais le samedi matin après une courte nuit dans un camping de Saint-Pierre d'Albigny.
Mon objectif est donc simple : partir doucement et voir ce qui se passe...
Profil et roadbook 13h emprunté à Bubulle
1ere étape Cruet - Lac de la Thuile : 19km 1400D+
Des douleurs aux fessiers m'accompagnent dès les premiers kilomètres, je pense être en fin de peloton et je trouve que ça va très vite, ça m'inquiète un peu pour la suite d'autant que la chaleur me dérange beaucoup en ce début de journée, je scrute l'altitude sur ma montre et je commence mes calculs sur le dénivelé et les kilomètres restants, c'est pas très bon signe si vite. J'arrive au 1er ravitaillement en un peu plus de 3heures, j'ai bu 1.5l d'eau, je suis totalement trempé de transpiration. je repars de ce ravitaillement assez vite et juste avant Sofian, alias St-ar, croisé le dimanche précédent à la colline d'Elancourt, qui va subir un gros coup de mou et finira courageusement !
2eme étape Lac de la Thuile - Aillon le jeune : 40km 2900D+ 7h de course
A partir du lac que j'ai quitté avec 2l d'eau sur moi, j'ai reconnu le parcours et ça me rassure, la montée au pic de la Sauge depuis La Rongère m'avait paru assez difficile. Je crains de choper un coup de chaud sur les premiers hectomètres (pourtant la montée et en grande : je trempe casquette, buff et mon gobelet dans un petit ruisseau pour m'asperger et je prends un train de 4 coureurs dont le rythme semble régulier.
Lac de la Thuile en montant vers le pic de la Sauge
Au fur et à mesure que l'altitude s'élève et peut-être que quelques nuages viennent cacher le soleil, je me sens mieux, sans avoir l'impression d'accélérer je distance un peu mes compagnons du moment, puis je vois William (Double_U), avec qui je monte quelques centaines de mètres mais décidément je me sens bien, je file vers le pic de La Sauge assez facilement, et j'enchaîne avec la Galoppaz,
après une petite redescente facile.
Pointe de la Galoppaz
François Camoin, l'organisateur de l'Ultra Tour du Beaufortain - auquel je participerai pour la troisième fois cette année - sans doute bénévole pour l'occasion est en train de redescendre, pendant que nous on monte vers la pointe qui marque la fin de la première grosse difficulté du jour. Ça fait 30km et ça va bien rouler pendant une dizaine de kilomètre désormais. Après une descente assez raide mais rapide, un petit ravitaillement en eau super fraîche est le bienvenu (j'ai de nouveau bu près d'1.5l), je m'arrose allégrement pour entamer une portion très facile sur le papier, sauf qu'un petit coup de mou venu de je ne sais où vient contrarier ma progression. Du coup je marche dans beaucoup de portion vraiment plate, j'en profite pour essaye de soigner mon alimentation, et je me dis qu'il est peut-être judicieux de temporiser vu la grosse montée jusqu'au Mont Colombier qui nous attend.
Je trouve les ressources pour trottiner un peu sur la route menant au ravitaillement d'Aillon. Une bénévole m'annonce 50ème, j'en ai rien à cirer mais c'est rond.
La nourriture du ravitaillement est en plein soleil, les boissons sont tiédasses du coup je rentre dans une salle un peu plus fraiche, avec un bol de soupe aux pâtes et je prends mon temps. Deux gars à côté de moi décident d'abandonner, ils parlent de bière bien fraîche au bord de la piscine en rentrant, pas moyen que je traîne trop ici quand même. Pendant que je refais le plein de boissons, un coureur vante les bienfaits du massage et repart tout guilleret et une coureuse avec qui j'ai fait le yoyo depuis la descente de la Galoppaz (je la passais dès que c'était descendant, elle me redoublait dès que c'était plat ou montant) repart également juste avant moi.
3eme étape : Aillon-le-Jeune - Mont Pelat 58km 4400D+ 10h50 de course
Elle semble avoir un rythme très régulier donc j'essaie de la garder en vue mais pas moyen de l'accrocher sur la portion assez plate menant au début de la montée jusqu'au Col de la Cochette. Du coup je me retrouve seul, pendant longtemps, alors qu'une ascension de 1100D+ s'annonce (de 900m à 2000m environ). C'est long quand même 1100m... du coup je me persuade qu'il ne faut monter que jusqu'au col de la Cochette, à 1660m, et j'essaie de ne pas penser à la suite. Il n'y a pas un chat dans cette portion, et ce n'est qu'approchant le col, lorsque la vue est un peu plus dégagée que j'aperçois assez loin devant la coureuse régulière, puis le coureur qui s'était fait massé qui fait une pause récup-alimentation.
J'avance relativement bien jusqu'au col de la Cochette, bien que sentant poindre un coup de bambou que j'espère repousser jusqu'au sommet du Colombier. Malheureusement, le début de la montée du Colombier m'est fatale : j'ai la coureuse en point de mire mais elle s'éloigne inexorablement, je m'assois au bord du sentier quelques minutes, il ne me reste qu'une compote que je savoure et je regrette de ne pas avoir autre chose qui me donne envie. Reparti d'Aillon avec 2 litres d'eau, je n'ai peut-être pas bu assez sur cette portion, et la boisson énergétique semble trop diluée pour contenter mes besoins. Le coureur massé me rattrape pendant cette pause, il m'explique qu'il a eu un coup de mou également plus bas, qu'il a bien mangé a pris son temps et que la forme est revenue. Ça me remotive pour partir tant bien que mal, une autre coureuse me double également pendant ma pause, elle a une foulée ultra-légère dans cette montée, j'ai l'impression d'être un hippopotame à côté...
J'atteins quand même le sommet, je ne m'y éternise pas surtout que ça descend pendant longtemps désormais : youpi !!!
J'attaque la descente tout simplement à fond, comme lors d'une sortie du dimanche, c'est raide sur 300 mètres maxi mais je rattrape les deux coureuses, et deux ou trois autres gars. Jusqu'aux chalets de la Fullie, je sais que la descente me convient bien, c'est souple et ludique, je fonce, je ne m'arrête même pas au robinet du chalet parce qu'il me reste un bon 750ml et seulement 5km jusqu'au ravito du Mont Pelat : ça me permet de dépasser une nouvelle triplette de coureurs (dont une coureuse, si je pouvais faire un top 10 féminin ça serait cool...).
Les chalets de la Fullie, et le Colombier derrière, la veille de la course
En bref du Mont Colombier jusqu'à la Fullie, soit 5km de descente, c'est l'euphorie, de courte durée... Nous sommes au 53ème kilomètre, il en reste 5 jusqu'au ravito du Mont Pelat, j'ai fait ces 5km la veille, en rando tranquille et je me disais : là y a moyen d'aller vite, si je suis bien tout peut se courir. Sauf que je ne suis pas bien, et je n'ai pas couru 1cm. Tous les coureurs dépassés depuis la descente du Colombier me rattrapent exceptée la coureuse régulière. J'ai chaud, j'ai faim, j'ai soif, j'ai mal aux jambes, j'en ai marre, je me sens fatiiiiiiiigué !
Au détour d'une mini côte pourrie qui ne sert à rien d'autre que m'emmerder, un gars dans le sens opposé me photographie : je dois pas être à mon avantage... et c'est Bubulle le gars en question ! Il remonte la course en sens inverse, et il m'informe de la distance et des difficultés (deux coups de culs) jusqu'au ravitaillement. Un bon 2km et 150mD+ et ça devrait le faire, ça l'a fait en près de 40minutes je crois bien...
Heureusement, c'est le ravitaillement de la délivrance : un gars m'invite à m'assoir, m'asperge le visage, les genoux, ça fait un bien fou. Je reste un bon quart d'heure assis à grignoter tout doucement en me forçant car tout m'écoeure un peu. Le gars massé fait son apparition, il m'invite à tester le massage qui l'a requinqué pour la deuxième fois de la journée : vu que je ne compte pas repartir de si tôt, je décide d'en profiter et je ne regrette pas car en 10-15 minutes, autant de relaxation que de massage, toutes mes petites douleurs aux muscles et articulations se sont comme évaporées, un grand merci à la masseuse qui connait bien son affaire !
Colombier depuis Mont Pelat
4eme étape et fin: Mont Pelat - Cruet 73km 4800D+ 13h20
Le temps de faire le plein de cerises et je repars en super forme, je sais à quoi m'attendre jusqu'au col de Marrocaz, globalement de la descente sauf un passage limite hors sentier qui m'avait surpris la veille mais que je passe sans encombre. Personne en vue, les écarts se comptent probablement en longues minutes désormais. Après ce col, c'est assez vallonné mais je garde un bon rythme jusqu'au dernier ravitaillement de Montlambert où je ne m'éternise pas. Il reste 5km de descente, les douleurs et la fatigue reviennent donc je finis tout doux en rêvant de m'allonger et de ne plus bouger jusqu'à la fin de mes jours... 1h50 pour les 15 derniers kilomètres, c'est raisonnable et ça donnera au final 13h20 de course pour franchir la ligne et mériter mon opinel !
Je ne regrette absolument pas d'avoir participé à ce trail simple et efficace dans un environnement superbe, et très content d'avoir rentabilisé le trajet avec quelques 115km et 7500D+ sur 3 jours : merci les Bauges !
Août 2015, je termine le 85km de l'Echappée Belle en 25h, en ayant souffert dès le 30ème
km. Il est hors de question pour moi à ce moment d'envisager
l'Intégrale et ses 144km.
Janvier 2015, je
m'inscris à l'Intégrale.
Je ne sais toujours pas
ce qui m'a pris. Ou plutôt : la date et le lieu me conviennent,
puis ça m'agace d'entendre que les 65 premiers kilomètres sont les
plus beaux et les plus durs.
Pourtant mon « objectif »
de l'année reste de boucler l'Ultra Tour du Beaufortain, je ne pense
à l'Echappée que très vaguement, comme si je n’étais pas
réellement inscrit.
Puis vient l'été, un
UTB que je termine en assez bonne forme et avec la chance d'avoir
éviter les orages, je me dis que finalement, l'Echappée va arriver,
qu'elle marquera la fin des vacances et autant en profiter.
Une dernière grosse
semaine de montagne dans les Pyrénées mi-août, puis 15 jours de
récupération en Bretagne me permettent d'arriver en bonne forme la
veille de la course, même confiant mis à part une cheville toujours
un peu douloureuse depuis le début de l'été.
Je covoiture depuis les
Yvelines avec Christian et Pierre-Yves, deux ultras-traileurs
confirmés (PTL, Tor, Ronda et j'en passe) qui énumèrent leurs
exploits plus fous les uns que les autres. Ca calme un peu mes
ardeurs, et je m'imagine être le seul concurrent n'ayant jamais
dépassé les 100km, au milieu de 500 habitués des ultras. Pour
couronner le tout, je fais le trajet Aiguebelle-Vizille où je
dormirai la veille du départ avec Françoise et Xavier, qui sortent
de 300km à la Transpyrenea en juillet, enchaînent avec l'ultra
trail du Vercors ensuite, bref, que des fous furieux sur cette course
ou quoi ???????
Dormir à Vizille est une
bonne idée, qui permet un réveil à 5h au lieu de 2h30 pour ceux
qui prennent la navette à Aiguebelle.
Je quitte l’hôtel un
peu à la bourre et arrive sur l'aire de départ à 5h55, le temps de
déposer mon sac d'allégement sacrément plein, et c'est le départ,
pas le temps de stresser un seconde !
La stratégie est
simple : lentement tout le temps !!! sauf en descente mais
la première vraie descente n'arrivera qu'après la Croix de
Belledonne après le 30ème km. Du coup j'avance en me faisant
doubler régulièrement et le temps lui n'avance pas trop... je me
fais chier quoi !
Au refuge d'Arselle
3h05, 16,6km, 1481D+m, 377ème
Plein d'eau, mélange
eau-coca dans un bidon qui va dégazer pendant un bon moment, je me
gave comme d'habitude de tout ce que je trouve, et emporte deux
morceaux de bananes pour la route,
J'y retrouve Pierre-Yves
et Bruno, rencontré à Aiguebelle la veille, nous repartons
ensemble. Les deux sont très bavards ! A tel point que Bruno
nous laisse partir parce qu'il sent que le cardio monte trop en
parlant, puis c'est à mon tour de laisser Pierre-Yves s'échapper.
Le terrain devient de plus en plus technique, on commence à voir de
beaux lacs, et il ne fait pas encore chaud donc tout va bien et je
commence à prendre du plaisir. Quelques rapides pauses photos
scandent mon périple qui s'annonce des plus agréables.
Lac Achard
Derrière le col de la Botte
Lacs Robert
Lac Claret sous le refuge de la Pra
Refuge de la Pra 6h03,
28,1km, 2381D+, 319ème
20 minutes de pause ici,
le temps de déjeuner tranquillement puisqu'il est midi. Je me crème
les pieds car je sens qu'ils s'échauffent dangereusement, et je
regrette d'avoir choisi des chaussettes neuves pour ce début de
course, alors que d'habitude elles ont au moins un lavage.
Pierre-Yves me propose de repartir ensemble mais j'ai encore quelques
minutes à passer ici pour remplir mes bidons. J'essaie d'y mettre
des pastilles d'Isostar que je croie effervescentes. Ben en fait non,
elles restent bêtement au fond du bidon, limite en me narguant et
surtout en ne faisant aucune bubulle d'effervescence ?!! bah
merde, ça se croque alors ??? J'avais pris ça au dernier
moment dans le but de varier un peu avec mes boissons ISO+ de chez
Décathlon... bref, j'en croque une et ça ressemble à une vulgaire
vitamine C, très moyen mais je ne m'en offusque pas et repart sur
le même rythme qu'en arrivant... Heureusement j'ai pas le bidon
fragile, ça reste un bon point.
lacs du Doménon
Le prochain objectif est
simple : la croix de Belledonne 5km et 900mD+ plus loin, sommet
du parcours. Je l'atteins avec la patate. Robin G, déjà croisé à
l'écotrail de Paris, Christian et Pierre-Yves y sont déjà,
profitant de la vue avant d'entamer la redescente.
Je prends une petite
vidéo 360 trop rapide, quelques photos floues ou avec mon doigt sur
l'objectif, deux selfies grimaçants.
Vers la croix de Belledonne
Sommet du parcours
Donc là ça descend
grosso merdo jusqu'au refuge Jean Collet, avec une petite remontée
par le col Freydane, Belle partie où je me lâche, enfin ! Je
rattrape Pierre-Yves qui descend à peu près comme moi, puis Robin,
puis plein d'autres en me laissant aller, mais sans prendre de
risque.
Lac blanc
La plupart du temps, les coureurs devant se rangent
agréablement sur le côté lorsqu'ils m'entendent arriver, et j'en
fais de même en me faisant doubler, une courtoisie bienvenue qui
permet de prendre encore plus de plaisir. A l'approche de Jean
Collet, « Jam » et « Nico2000 » me
rattrappent, je ne les connais pas mais leurs attributs kikouresques
m'obligent à les interpeller, c'est l'usage. Jam en profite pour
faire une sympathique chute sans gravité, de celle qui font
simplement sourire mais n'effraie pas. Enfin au moins ça court, et
Jean Collet s'approche.
Jean Collet 9h38,
39,2km, 3238D+, 286ème
J'aime bien cet endroit,
en plus ça capte ! Un petit coup de fil à ma femme tout en
profitant d'une soupe et d'un sandwich fromage saucisson un peu à
l'écart me requinque. Un hélicoptère vient déposer un secouriste
près du refuge, je le regarde comme un enfant, je remange encore et
je retrouve Pierre-Yves qui m'avait suivi à quelques dizaines de
mètres depuis la croix de Belledonne, du coup nous repartons
ensemble pour affronter le col de la mine de fer. J'imprime un rythme
sans doute trop soutenue au départ et Pierre-Yves me dit que je vais
un peu trop vite pour lui, je ralentis un peu mais je finis par le
lâcher petit à petit. Je rattrape alors un groupe de 5 ou 6
coureurs, je commence à ressentir la fatigue alors je m'y accroche.
Une féminine un peu au-dessus de nous à sa lampe frontale allumée
dans son sac, je la hèle pour la prévenir, elle s'arrête pour me
remercier et peste contre sa frontale. Sur la fin de la montée, je
crois que je lâche un peu le groupe, à moins qu'au contraire je le
laisse partir devant moi ? Bref j'arrive seul en haut du col et
je m'octroie une petite pause pendant qu'un bénévole m'annonce 50d-
puis 100d+ jusqu'à la brèche de la roche fendue. La partie est
assez technique mais sachant que derrière il y a une longue
descente, je me bouge un peu et ne traîne pas dans ce secteur.
Brèche de roche fendue
La descente (entrecoupée
de petits coups de cul sinon c'est pas marrant...) s'effectue sans
encombre jusqu'au Habert d'Aiguebelle.
Habert d'Aiguebelle,
12h39, 48km, 3950D+
Ce ravitaillement ne
propose que de la soupe et du coca malheureusement. J'y passe tout de
même un certain temps parce que ce que j'imagine comme la partie la
plus difficile de la course est devant nous : le col de
l'Aigleton, puis celui de la Vache, réputé très difficile.
Vers l'Aigleton
J'ai un
souvenir assez confus du passage de l'Aigleton... simplement qu'un
bénévole nous dit de faire le plein d'eau dans le torrent en bas
de la descente avant d'entamer le col de la Vache. C'est ce que je
fais même si la nuit va tomber et que je bois déjà beaucoup moins.
Le début du col de la Vache est tranquille, certains coureurs
passent en mode nuit avec frontale plus veste ou manche longue, je
les imite pour la frontale que j'allumerai dès le début du passage
ultra caillasseux. La nuit tombe d'ailleurs très vite, j'essaie de
rester à 50 lumens, le plus longtemps possible, c'est facile au
départ car je suis derrière un coureur : c'est lui qui fait
l'effort de lever la tête pour trouver le balisage, puis de
réfléchir au meilleur moyen de rejoindre le fanion fluorescent.
Lorsque je passe devant lui c'est une autre histoire, je passe autant
de temps à chercher où mettre le pied qu'à réellement avancer, et
cette fois c'est lui qui me suit et en profite.
C'est un peu longuet du
coup mais j'ai la pêche, donc ça passe assez bien, je me permets
même au col une petite plaisanterie au bénévole : « bon,
et le col de la vache c'est pour quand ? » « bah
c'est ce que tu viens de passer ! » « ah ce petit
truc là ? » Mais je suis bien content d'avoir passer ce
point critique sans trop d'encombre, surtout que je sais que
désormais, une longue descente nous attend jusqu'à la base vie. Je
me rappelle d'un début de descente très technique mais je m'y
amuse, motivé à rattraper un maximum de coureurs et arriver au
Pleynet le plus vite possible pour me reposer.
Pause Pub
Je mets ma Stoots
Wapi sur 200lumens, c'est le pied, j'ai jamais eu un éclairage aussi
confortable (et j'en ai eu quelques unes des frontales : Petzl,
Silva, Zebralight, Spark et à peu près tous les modèles de chez
Stoots sauf les tout premiers), même la Stoots Focus ne fait pas
aussi bien. Le rendu du relief est tout simplement exceptionnel, je
me demande même si on ne voit pas derrière
les cailloux grâce à elle.
Ca
descend un bon moment assez raidement, on passe près de plusieurs
lacs qu'on devine plus ou moins dans le noir puis il y a une partie
un peu platounette où je commence à avoir la flemme de
courir/trottiner, même si le terrain s'y prête assez. On voit enfin
le Pleynet plus bas, tout proche, cool.
C'est
sans compter sur le putain de tour du vallon de merde qui surplombe
le Pleynet : 5km de chemin à la con avec des ruisseaux stupides
à traverser, des remontées plus ou moins casse-couilles pour
enfin !! descendre franchement vers la base vie. Il est minuit.
J'ai 4h de marge sur les barrières horaires et compte m'arrêter ici
2h environ.
Le
Pleynet, 17h52, 65km, 5108D+, 158ème
Récupération
du sac d'allégement, je me pose devant le dortoir et déballe mon
bazar. Je change simplement de tee-shirt, coupe la montre et la met à
recharger, je repartirai avec une nouvelle activité après ma pause.
J'essaie de recharger également la batterie de ma lampe, mais
j'arrive pas à conneter le chargeur à la batterie ! Tant pis
j'aurai suffisamment pour finir la nuit et j'ai une autre lampe
Stoots dans le sac. (En fait, ce que je croyais être la batterie de
ma lampe était le bloc lumineux, qui ne se connecte pas au chargeur
forcément, bref j'ai été un gros naze sur le coup).
J'enlève
mes chaussettes et je constate que ma plante des pieds est bien
pourrie, la peau s'arrache par endroit et j'ai l'impression d'avoir
des espèces d'ampoules énormes. J'ai eu la bonne idée de prendre
des tongs dans le sac, je me noke les pieds et enfile donc les tongs.
Grosse erreur !!! mes pieds glissent avec la nok dans les tongs
et je rejoins le restaurant en marchant comme un handicapé (bon y
avait d'autres gars qui marchaient pareil sans problème de
tongs...). Au restau, je finis allégrement le plat de pâtes
bolognaises, et tout ce qu'on me donne, mais n'en reprend pas, c'est
parfait et ça requinque. Direction le dortoir où j'essaie de dormir
1h, sans succès car il y a quand même beaucoup de bruit et surtout
je n'ai pas encore assez sommeil. Je me repose tout de même une 1h
et en repartant sur le petit ravitaillement, les bénévoles
annoncent qu'ils vont bientôt fermer le restaurant??!! ce qui
signifie que les coureurs arrivant même avec 2h d'avance sur la BH
de 4h ne pourront pas profiter du repas chaud. Un peu déçu par
l'organisation pour le coup.
Je
repars à 1h43 exactement.
La
suite du parcours, je la connais puisque c'est celle du 85km, mis à
part la descente puis remontée pour atteindre le prochain
ravitaillement du Gleysin.
On
commence par une descente facile jusqu'à fond de France qui marque
la longue montée de la Valloire, près de 900D+ assez raides. Dès
les premiers hectomètres de cette montée, le sommeil s'empare de
moi littéralement. Je me pose une première fois sur une tronc
d'arbre à califourchon, ferme les yeux quelques instants, repars.
Plusieurs coureurs dorment sur le bord du chemin, ma progression est
limaceuse, je me fais beaucoup dépasser. Je bois un mélange
eau-coca qui me fais tousser puis vomir très légèrement pendant
une cinquantaine de mètres. Je guette un endroit propice pour
m'allonger, j'en trouve un qui m'a l'air pas mal à dix mètres du
chemin, il y a des pommes de pin assez molles, je m'allonge, la tête
sur le sac, c'est confortable excepté les insectes qui en profitent
pour se balader sur moi. Comme je ne suis pas très lucide, je
n'enfile ni veste, ni haut chaud, du coup j'ai vite froid et comme
j'entends sans cesse le bruit des bâtons des coureurs, impossible de
trouver le sommeil. Je repars une nouvelle fois en décidant de ne
plus essayer de dormir sur le bord du chemin, tant pis il me faudra
attendre Gleysin. Tant bien que mal je rejoins un chalet où l'on
nous propose café et thé, j'en profite avec plaisir et ça fait du
bien. 2H30 pour 5km environ à monter... La forme n'est plus là,
même la descente commence mal puisque je me tords la cheville
droite, celle qui me dérange depuis le début de l'été. Je
m'arrête quelques minutes pour faire passer la douleur et repars en
tirant la patte. C'est dur mentalement à ce moment là, pendant une
bonne demi heure je pense à l'abandon au Gleysin, la cheville sera
mon excuse. Puis sur la fin de la descente, ça va mieux, je recours
sans douleur, je ne sais pas pourquoi.
Gleysin,
24h31, 81km, 6162D+, 135ème
Gleysin,
le dortoir est bien organisé, la bénévole qui s'en occupe note
l'heure d'arrivée, le numéro du lit attribué, le temps de dodo
désiré pour réveiller le coureur sans utiliser la sonnerie de son
portable. Il est 6h35 et en fait je n'ai plus trop sommeil, mais je
demande à être réveillé 30 minutes plus tard. Je mets ma fine
polaire et tente de dormir un peu, c'est presque bon, mais non tant
pis, il fait jour, il y a un peu de bruit, et j'ai peur de repartir
trop tard d'ici parce que je sens que je vais perdre beaucoup de
temps dans la portion montante suivante jusqu'au col Moretan, 1400
mètres plus haut. Au final je ne serais resté que 35 minutes ici,
pour repartir vers 7h10.
C'est
clairement une erreur de ne pas avoir insisté un peu plus pour
trouver le sommeil. Mais il faut dire que je n'ai plus sommeil !
Par contre je n'ai plus trop de force non plus, alors je repars dans
l'idée de profiter de la journée en mode rando cool, prendre des
photos (bon j'en ai pris que très peu ce deuxième jour), et
m'arrêter aussi souvent que nécessaire, le tout étant d'arriver à
Super Collet où j'aviserai.
La
montée se fait donc lentement, lentement, len-te-ment. Des pauses
pour resserrer les lacets, pour avaler un gel, pour se rafraîchir le
visage, tout est prétexte à s'arrêter. Je passe le refuge de
l'Oule, je me retourne souvent pour guetter le premier coureur du
85km. Il arrive environ 300m sous le sommet, je le vois courir sur
une partie plus facile et me dépêche de sortir mon appareil photo
pour prendre une petite vidéo, prise un peu trop tard mais on
remarque bien Antoine Guillon, qui m'encourage et file d'un pas
énergique vers le sommet. Je décide de rester sur place, assis
tranquille à l'ombre, pour attendre le second. Punaise il en met du
temps ! Presque 10 minutes avant d'arriver, puis le 2nd, 3ème
pas trop loin. Le 4ème m'encourage fort, ça fait très plaisir, et
m'aide à repartir à l'assaut du sommet. J'y passerai avec le 15ème
du 85.
La descente
Col
Moretan, 28h39, 87km, 7756D+, 138ème
Enfin
une descente où je revis quelques instants, jusqu'aux lacs Moretan
toujours aussi magnifique, mais c'est toujours pas la joie. Au moins
je ne fais plus de pauses, et arrive à suivre quelques coureurs du
144km par intermittence jusqu'au ravitaillement de Périoule. Le coin
est magnifique, j'oublie de prendre des photos mais on est quand même
pas trop mal.
Périoule,
29h54, 90km, 7756D+, 140ème
A Périoule, on me propose de m'allonger, il fait très chaud, je me
pose sur un tapis de sol un peu à l'ombre derrière une tente, un
bon moment avec les pieds à l'air parce que la plante est de plus en
plus douloureuse. Le ravitaillement est très animé, peu propice au
sommeil mais fermer les yeux et être allongé est déjà très
agréable. Je finis par repartir, il reste 9km jusqu'à SuperCollet,
avec une bonne descente avant une remontée très raide en plein
cagnard, où j'avais explosé l'an passé.
Ca commence mal avec la descente dans les bois où je n'ai aucun
plaisir, impossible de courir, j'en ai trop marre, fait trop chaud,
je me fais doubler de tous les côtés, j'ai l'impression d'être un
enfant sur le périph' avec toutes les bagnoles qui passent à fond
en klaxonnant. Du coup la douleur à la cheville revient, ça me fera
mon excuse pour abandonner à SuperCollet !!
Surtout que la montée de la mort est devant moi, elle va finir par
m'achever. Dès le début, je m'arrête pour envoyer des textos et
lire ceux que j'ai reçus. Un gars du 85 s'assoit à côté de moi,
on discute un peu et je lui dis que j'en ai marre, j'abandonne à
SuperCollet. Lui aussi, il a décidé d'arrêter là-bas, il a déjà
fait le 47 donc il connaît la suite. Il me propose de finir jusque
là-bas ensemble mais j'ai envie de rester encore un peu assis.
5 minutes après je repars en soufflant.
Bizarrement, je me sens mieux, très bien même. J'accélère donc un
peu le pas. Un peu beaucoup même. Je redouble plein de monde du 85
ou 144, qui semblent souffrir comme j'avais souffert ici l'an passé.
Mais pas cette année, la forme est revenue, je suis bien,
SuperCollet approche à grand pas, juste à côté, à 5 minutes, ça
y est !
SuperCollet,
33h53, 100km, 8188D+, 153ème
J'ai mis 12 minutes de moins que l'an dernier pour effectué les 5km
avant cette base vie, j'ai 2h d'avance sur la barrière horaire, et
j'ai retrouvé la forme, plus question d'abandonner évidemment.
Je ne suis pas très bien organisé, il y a beaucoup de monde et peu
de places, donc finalement, je passe beaucoup de temps ici sans trop
le vouloir. J'en profite quand même pour me panser/strapper la
plante des pieds du mieux que je peux, je me change entièrement, me
renoke de partout, recharge un peu ma montre, mange beaucoup, bois
pas mal. Notamment avec une mini gourde de sirop à la pêche, qui
aromatisera délicieusement mon eau pendant quelques heures.
Je quitte cette base vie à 17h15, 45minutes avant la barrière
horaire, mais avec une pêche d'enfer. Un bon pas me permet
d'atteindre le sommet du télésiège, puis le col de Claran. Dans la
descente vers la passerelle du Bens, je me cale derrière un groupe
qui avance assez bien, avant de les lâcher sur la fin de la
descente. Désormais, c'est moi la bagnole qui klaxonne sur le
périph', je remonte tout ce qui bouge (mais il y a surtout des 85)
en rejoignant le refuge des Férices après 400m de dénivelé avalé
comme un mini mars.
Refuge
des Férices, 37h48, 109km, 9140D+, 144ème
Petite pause au refuge, et je repars à l'assaut du col d'Arpingon,
qui m'avait bien fait chier l'an passé aussi, d'ailleurs je sais
toujours pas où il est ce con. Surtout qu'il fait re-nuit !
Quand je passe le point haut de la crête des Férices, et il est
temps de ressortir la frontale pour la longue descente vers Val
Pelouse.
Technique au début, assez roulante à la fin, je réussis à garder
un petit rythme, essayant tout de même de courir le plus souvent
possible. Je suis certain désormais de finir car ce qui reste, c'est
de la rigolade comme je dirais à Dan38, bénévole à Val Pelouse.
Val
Pelouse, 40h26, 117km, 9655D+, 129ème
J'ai mis 1h15 de moins que l'an dernier sur la portion SuperCollet –
Val Pelouse, avec 65km de plus dans les jambes !
Une soupe, du grignotage et je m'allonge, la fatigue commence à
poindre mais je sais que le sommeil ne viendra pas ici, trop
d'agitation pour moi. J'y reste tout de même près d'une heure.
Malgré la fatigue, je garde un rythme correct dans la montée
suivante jusqu'au col de la Perrière, mais dans la descente qui
suit, la course devient franchement difficile, c'est plutôt un trot
plus ou moins élégant, entrecoupé de marche plus ou moins
nordique. Changement de frontale avant les sources du Gargotton où
quelques coureurs me dépassent, et direction le Col de la Perche et
punaise c'est quand même dur là !! Grosse pause au sommet
puis je repars pour quelques kilomètres pas trop pentus mais
vallonnée où une envie de dormir pressante m'assaille, je m'arrête
sur le bord, un endroit humide mais confortable, j'enfile ma veste et
ferme les yeux. Plusieurs coureurs passent près de moi, ils sont
bruyants bordel !! Une autre envie se fait pressante, qui
m'incite à m'écarter un peu plus du chemin, je lance le travail et
pense au perfect de Vik qu'il raconte avec tant de poésie dans son
récit de l'EB2015 que j'ai lu avant le départ et je manque de
m'étouffer de rire. C'est pas un perfect mais ça apaise grassement.
Je repars avec la banane, décidé à rattraper tous les coureurs qui
m'ont empêché de dormir ! Au début j'ai beaucoup de mal à
courir mais je me fais violence et finis la descente à très bon
rythme (c'est du moins mon impression...), je rattrape du coup pas
mal de coureur, jusqu'au replat interminable qui mène au dernier
ravitaillement du Pontet. Ce replat de merde, un peu comme le vallon
de merde du Pleynet, est destiné à faire comprendre au coureur
qu'il n'est qu'un petit être incapable, à la totale merci de
l'organisateur/traceur sournois qui peut l'amener dans une direction,
puis dans l'autre, en haut, en bas, jusqu'à tourner en rond en
dansant la carioca sans jamais atteindre le ravito !
Le
Pontet, 46h09, 134km, 10456D+, 116ème
J'attrape une soupe et fonce directement vers la yourte dortoir.
J'enfile mon haut chaud, bois un peu, et m'endors assez vite (il est
4h20, c'est mon heure) pour une 1h. Je me réveille avant la
sonnerie, c'est dur de se motiver mais j'ai envie d'en finir, je
remplis mes gourdes et file pour la dernière côte vers le Fort de
Montgilbert. J’appuie fort sur les bâtons, j'ai de l'énergie et
le souvenir d'une montée assez facile. Mais ça se raidit peu à peu
et je suis bien content quand la pente s'inverse enfin.Pas vraiment
possible de courir dans la descente : pieds en feu et grosse
flemme. Je regarde l'altitude, il y a 1100D- jusqu'à l'arrivée,
putain !
Au fur et à mesure de la descente, je ralentis, et quelques coureurs
me repassent, ce n'est qu'en voyant enfin Aiguebelle, à environ 3km
de l'arrivée, que je constate qu'il m'est possible de descendre sous
les 50h à condition de me bouger les fesses. Mes douleurs
disparaissent comme par enchantement et la tête prend le relais pour
finir en courant tout le long.
Arrivée
Aiguebelle, 49h58min52sec, 144km, 10923D+, 108ème, 8h du matin
Année 2016 chargée, l’abandon à l’UTB 2015 à mi course m’a
incité à augmenter les distances de mes courses préparatoires. C’est donc avec
les Allobroges et le trail des Aravis dans les jambes notamment que je me présente sur la ligne de
départ. Seule une petite alerte à la cheville 15 jours avant la course
m’interdit d‘être pleinement confiant et confirme la nécessité de partir très
prudemment.
Dernier dodo dans le camping à deux pas du départ, 4 heures
samedi matin, il fait doux, beaucoup moins chaud que l’an passé, parfait.
J’entame la première partie à petit rythme, je me fais doubler de tous les
côtés, ça bouchonne assez souvent, mais je m’en fous et dès que les premières
lueurs du jour apparaissent je profite des paysages. Ca va tellement bien que
quand ça monte j’ai l’impression que ça descend tant je suis facile, et
pourtant ça monte souvent, quasiment jusqu’au premier ravitaillement après la
Roche Pourrie :
Vu sur je sais pas quoi depuis les Arolles
Refuge des Arolles 18km, 1920mD+, 4h04, 345ème
(en 2015 : 3h27)
Je m’attarde un peu sur ce ravitaillement, le temps de
ranger soigneusement ma frontale (Stoots Focus 1), goûter à peu près à tout ce qu’il y a de
mangeable, retrouver mes bâtons avant de repartir. La boisson énergétique au
citron proposée sur ce ravitaillement me fait également envie, un bénévole
assure que c’est une boisson Isostar, un autre de Décathlon, m’enfin peu
importe mettez m’en un bidon.
Le tout en près de 15
minutes ; je vérifie mon « roadbook 25h » qui prévoyait un
passage ici en 3h47, j’ai environ 30 minutes de retard, est-ce grave
docteur ? Bof, ça mérite pas une piquouse, on va continuer dans la même
veine.
La portion qui suit est censée me convenir puisque ça
descend quasiment jusqu’au lac de Saint-Guérin, au 26ème kilomètre,
et que j’aime ça moi, les descentes. Pas moyen de se retenir, je fais gaffe à
ma cheville droite que j’évite de poser vers l’intérieur et je me laisse aller
à dépasser un peu tout en me disant que dès que ça remonte je retrouve un
rythme plus cool.
La célèbre passerelle du lac de Saint-Guérin
C’est le cas après la passerelle du lac, une longue montée
assez régulière vers le second ravitaillement, où je me souviens avoir commencé
à souffrir l’an passé. Cette année, prudent, je rattrape tout de même quelques
coureurs dans la montée un peu longuette. Plus que 500 mètres de piste, les
spectateurs se font plus nombreux car le ravitaillement est là et j’ai
faim !
Cormet d’Arêches 32km, 2845md+, 6h51, 305ème (en
2015 6h04 147eme)
Vers la croix du Berger
Plus efficace ici, moins de 10 minutes me suffisent pour me gaver, tester cette fois de l’hydrixir comme
boisson dans un seul bidon (bof le goût) et je repars tranquillement pour
affronter la plus belle partie du parcours : presque vingt kilomètres entre
2000 et 2600 m qui m’avait vu sombrer totalement en 2015, pris de maux de tête,
de ventre et d’un manque d’énergie déprimant.
J’avance légèrement plus vite que les coureurs autour de
moi, si bien que peu après le lac d’amour je rejoins un coureur à affubler d’un
buff Kikourou : c’est Yves94, il est en préparation pour le grand raid, sans bâtons donc, et il a l’air
en pleine forme. Passer le lac, c’est le col à Tutu qui s’annonce de loin grâce à des banderoles "SAVOIE", il y
a pas mal de spectateurs sur ce passage, ça pousse à ne pas se relâcher. Derrière
le col une courte descente technique avant un sentier relativement facile vers
le refuge de Presset me permet de reprendre un peu de force.
Comme dirait mon neveu : « on n’est pas bien
là ? » C’est en effet la sensation que j’ai à ce moment, les paysages
sont magnifiques mais je ne pense pas à prendre de photos, ou plutôt j’en ai la
flemme, au choix.
Bon j'en ai quand même pris deux ou trois mais pas au meilleur endroit
Refuge de Presset 38km, 3550D+, 8h45, 246ème (en
2015, 8h15, 152ème)
Pour bouffer en revanche je n’ai pas la flemme : soupe,
jambon, pain, saucisson et fromage y passent gaiement. J’en ai déjà marre des
boissons énergétiques mais il y a heureusement du sirop de menthe, que je
prends très souvent lors de mes entraînements, c’est parfait.
Le point culminant du parcours, le col du grand fond à 2671m
est à quelques encablures du refuge, une fois cette difficulté passée, c’est
quasiment de la descente jusqu’au prochain ravitaillement, de la rigolade.
Sauf que le chemin en balcon creusé dans la neige par les
bénévoles jusqu’à la brèche de Parozan est jugé trop dangereux. Il faut donc
redescendre d’une centaine de mètres juste derrière le col avant de remonter
sous la brèche.
La descente façon luge dans la neige est sympa mais la
remontée dans une neige instable avec des rochers affleurant ne m’inspire pas
confiance, je crains un peu pour ma cheville… Heureusement c’est court et la
brèche arrive vite, c’est maintenant une descente très raide qui nous attend,
faite d’un chemin en lacets très serrés tracé plus ou moins dans les éboulis.
Je suis le rythme de 3 coureurs prudents, ça me parait trop risqué de doubler
ici.
Au milieu de la descente, on entend des cris au-dessus, on
s’arrête et se retourne : « PIERRE !!! PIERRE !!! »
Et là je vois débouler comme une furie un rocher de la
taille d’un ballon de basket, droit sur nous, mais il change de trajectoire à
chaque fois qu’il rebondit sur le sol. Je fais un saut sur le côté pour
l’éviter ce qui me provoque une crampe au mollet, un coureur sous moi se jette
au sol, personne n’a été touché, ouf !
Petite montée d’adrénaline pour le coup, tout le monde accélère
un peu et on n’est pas mécontent de revenir sur un pourcentage de pente plus
faible. Le reste de la descente jusqu’au plan de la Laie est facile mais pas
forcément rapide, enfin on finit par y arriver. A quelques centaines de mètres
du ravitaillement, ma femme et mes 2
filles viennent à ma rencontre, on échange une canette d’Orangina et un petit sandwich contre un bisou. Le
solide passe toujours aussi bien, et l’Orangina quel bonheur !!
Plan de la laie 49km 3898md+ 10h48 213ème
(en 2015 : 10h28 175ème abandon)
Qui a le plus beau couvre-chef ?
C’est la mi-course et les plus grosses difficultés sont
censées être derrière nous. Je prévois une bonne pause ici, le temps de me
changer entièrement et de recharger ma montre notamment. Ma femme repère en
face de nous une casquette kikourou, c’est Antoine à qui j’ai acheté mes
Lasportiva Akasha, il est en sortie longue prépa Tor des géants et semble très
peu entamé par les presque onze heures d’effort. Quelques minutes après son
départ du ravitaillement, une grosse averse s’abat et tout le monde se réfugie
sous les tentes, des grêlons s’y mettent. J’ai enfilé une veste de pluie que je
gardais en rechange dans le sac d’allègement pour éviter de me refroidir, je
décide de la garder sur moi, en plus de celle que j’ai dans le sac, sait-on
jamais. Une petite accalmie semble survenir, c’est le moment d’y aller, 50
minutes de pause pour le coup je suis frais comme un gardon.
Direction le tunnel du roc au vent, il pleuvine, mais rien
de méchant et j’ai le sentiment d’être chanceux d’avoir pu profiter des tentes
pendant la grosse averse. Ca monte régulièrement sur un sentier facile jusqu’au
tunnel à la sortie duquel on nous promet une superbe vue… sur le brouillard.
J’en rigole avec les bénévoles qui me disent que seuls les tout premier ont
profité de la vue, j’avais qu’à aller plus vite !!
La pluie s’intensifie peu à peu, on entend même des orages
au loin, mais ça ne m’affole pas du tout, dans ma tête je suis persuadé que je
vais passer entre les gouttes. Des bénévoles (ils sont partout !!!)
m’invitent à admirer le lac de la Gittaz en contre bas à travers les nuages,
c’est beeeaaaauuuu ! Tellement beau que je prends une photo, et réajuste
ma veste car ça tombe fort maintenant on dirait non ?
Les écarts entre coureurs commencent à être
conséquents, j’ai un gars en vue devant à 50m, un autre derrière à même
distance. On s’approche du col de la Lauze, quelques grondements de tonnerre
semblent plus proches, un des deux bénévoles présent au col, autour de 2300m
d’altitude, relève mon numéro de dossard et mon heure de passage (16h30) puis
m’annonce : « on arrête la course, pose tes bâtons et
assieds-toi à l’écart, c’est trop dangereux de continuer sur les crêtes, on
attend que ça se calme ».
J’obtempère, la pluie est forte, ce n’est pas le meilleur
endroit pour s’arrêter puisqu’il n’y a rien pour s’abriter, mais pas le choix.
J’enfile mes sur-moufles soi-disant étanches, remonte le col de ma veste jusque
sous le nez et j’attends. Peu à peu d’autres coureurs nous rejoignent, beaucoup
ne respectant pas les consignes des bénévoles de ne pas s’agglutiner et de
s’écarter des bâtons. Le bénévole envoie des nouvelles par talkie-walkie, on
est maintenant une trentaine à cet endroit. Enfin, on est autorisé à repartir,
cela fait 30 minutes, je commençais à avoir froid ! Pour me réchauffer je
repars à fond, et comme j’étais le premier arrêté ici, j’ai envie de repartir
le premier ! Certains coureurs décident d’abandonner et de repartir vers
le plan de la Laie, il y a justement un sentier qui y descend en 3km seulement.
Pour ma part, je me sens très bien, et même si la pluie et le vent compliquent
la course, je vais le plus vite possible. Avec le recul, c’était une mauvaise
idée de se presser ici, j’y ai laissé bêtement des forces. Au pointage
électronique côte 2432, je plains les bénévoles présents dans leur petite tente
2 secondes, mais ils ont pourtant le moral et sont contents de voir quelqu’un,
je file aussitôt, ça descend légèrement jusqu’au col de la Sauce, j’y aperçois
quelques bénévoles encore, je fonce sur eux à bon rythme mais ils me font de
grand geste : en montrant ma gauche ? quoi qu’est-ce qui se
passe ? : « c’est par là, vous ne montez pas sur les crêtes, on a
raccourci la course vous allez redescendre directement à la Gittaz, suivez le
chemin qui descend, vous connaissez ? ». « non mais je vais me
débrouiller… ». Il n’y a pas de quoi se tromper, je visualise à peu près
où je me trouve, tant que le chemin descend c’est que je suis au bon endroit.
La pluie se calme un peu, je suis seul un bon moment, jusqu’à ce qu’un coureur
relais me rattrape et m’annonce qu’on a zappé environ 4 ou 5 km. Il file très
vite devant (il a moins de 10km dans les pattes). En bas d’une descente
particulièrement boueuse, on se retrouve dans une sorte de vallée qu’il faut
suivre jusqu’à la Gittaz, c’est un chemin assez facile où on avance à bon
rythme. Je cours quasiment tout le long et après le mythique chemin du curé, on
commence à apercevoir le hameau de la Gittaz, lieu du prochain ravitaillement.
Hameau de la Gittaz 63km 4869mD+ 145ème
J’ai fait un saut au classement parce que je suis le premier
coureur à avoir bénéficié du parcours de repli, et il y a beaucoup d’abandons,
particulièrement chez les coureurs qui se sont retrouvés en plein dans les orages
et qui ont été refroidi dans tous les sens du terme. Je prends une soupe et
grignote quelques bricoles et je repars à l’assaut du col de la Gittaz, 600
mètres plus haut à avaler en 4km. Sur le papier ce n’est pas bien compliqué,
sauf que je commence à bien souffrir dans les montées. Motivé par la
perspective d’être dans la dernière grosse difficulté du parcours, j’avance
lentement, régulièrement rattrapé par des coureurs plus aguerris. Putain de col
quand même !!! il arrive ou quoi ? Gros coup de mou, j’ai passé le
col, je crois, ça descend même peut-être un peu, mais je suis au ralenti et je
regrette d’avoir trop forcé depuis le col de la Lauze, de ne pas m’être
suffisamment reposé au hameau.
Ici on devrait pouvoir aller vite, mais pffffff
Il reste un petit 100 mètres de dénivelé pour passer sous le
col de la fenêtre où l’on m’annonce le col du Joly à 3km, ça redonne un peu le
moral, et la perspective d’une bonne pause m’aide à progresser. J’essaie de
trottiner dès que possible, le chemin s’y prête quand même assez souvent, je
n’ai pas trop d’énergie mais aucune douleur, en plus il fait beau et j’aperçois
le col du Joly et très bientôt le massif du Mont-Blanc sous une lumière
magnifique !!
Col du Joly 73km, 5659md+, 17h34, 123ème
Plus que 30km et
800md+, soit un vulgaire trail de région parisienne ! Je suis quand même
bien crevé là, je m’assois une vingtaine de minutes avec une soupe, du coca et
de quoi manger. La nuit va bientôt tomber donc je prépare la frontale, et un
coup d’œil au profil pour voir ce qui m’attends exactement : globalement,
une grosse descente, quelques kilomètres globalement montant et le reste
globalement descendant jusqu’aux Saisies, le dernier ravitaillement 17km plus
loin. Je repars en marchant d’un bon pas sur un chemin facile mais assez vite
une descente glissante vient casser mon rythme, il faut faire très attention où
l’on pose le pied. La nuit tombant peu à peu, j’allume ma lampe pour me
rassurer, les passages qui suivent sont longs et monotones, ça devrait
descendre plus souvent mais ça serait trop facile. Au kilomètre 80, en
trottinant doucement, je me tords la cheville, la douleur est vive et m’oblige
à m’asseoir immédiatement. C’est la merde ! je m’imagine déjà obligé
d’abandonner aux Saisies, je repars inquiet, la douleur encore présente,
j’entends (ou je rêve) ma cheville craquer à chaque pas. J’ose recourir mais
très lentement d’abord, puis j’oublie la douleur qui s’estompe petit à petit…
Les Saisies se font désirer, je pensais être capable d’aller
un peu plus vite sur cette portion, mais la fatigue désormais dicte sa loi, et
en arrivant au ravitaillement, l’envie de dormir aussi…
Les Saisies, 90km, 6081md+, 20h42, 92ème
La salle du ravitaillement est surchauffée et c’est tant
mieux, je m’installe illico sur une chaise et avale une soupe. Je me rends
compte que depuis le col du Joly, plus de 3h avant, je n’ai bu que l’équivalent
de 25 cl de sirop de menthe environ, et je n’ai rien mangé sur cette portion.
Mais dans l’immédiat, je n’ai envie de rien d’autre que de rester assis sans
bouger, fermant les yeux par intermittence. Je discute brièvement avec un jeune
coureur qui semble fatigué également. Il porte un t-shirt de l’Echappée Belle,
qu’il a déjà terminé en 2014 et à laquelle il participera à nouveau cette
année, on s’y recroisera peut-être…
Il me faut près de 30
minutes pour trouver la force de me relever, j’ai la dalle désormais ! je
mange un peu de tout, remplis mes poches de saucisson et je me décide à
repartir pour en finir !
300m pour gravir le Mont Bisanne, je ne battrai pas de
record de vitesse ici mais la forme revient indéniablement, et lorsque la pente
s’inverse, je recours avec plaisir. Le dernier pointage électronique à la croix
de Coste marque le début de la dernière descente jusqu’à l’arrivée : 1300m
de dénivelé négatif sur 8 km.
8 petits kilomètres que je dévale littéralement, lampe frontale au maximum, j’ai
l’impression de courir comme à l’entraînement, ne ressentant aucune douleur
nulle part. Je rattrape quelques coureurs sur cette portion, limite euphorique et simplement ralenti par la nécessité de
changer la batterie de ma lampe (encore merci au coureur qui m’a éclairé
pendant la manipulation). L’arche d’arrivée est franchie avec la sensation de
pouvoir continuer des heures sur le même rythme, c’est inespéré.
Arrivé en 23h38 (88ème) en tenant compte des 30
minutes rajoutées par l’organisation pour compenser le parcours de repli.
Le temps m’importe peu de toute façon, je suis simplement
ravi d’avoir terminé avec le sentiment d’avoir plutôt bien gérer au moins la
première moitié. J’ai ma revanche sur 2015 !
Au final, je n'aurai donc effectué "que" 99.8km, il me faudra donc revenir pour compléter cette magnifique course...